A Masterly Hand / Scientia Artis 9
disposition similaire, mais sur un mode mineur, assurant ainsi la transition vers l’entournure, puis le poignet. Dans la partie supérieure du pan du man- teau, rabattue sur l’épaule, Balthazar utilise une formule déjà observée dans le périzonium des Christs, celle de l’étoffe plaquée au corps et animée de plis pincés, ici très saillants. En utilisant le froissement du tissu pour créer un contraste entre le côté gauche densément plissé et le côté droit dégagé, le sculp- teur invite le regard du fidèle à suivre le mouvement du bras droit puis celui de la main qui se pose sur le cœur. Ce geste soutient très efficacement l’expression de douleur intérieure qui se lit sur le visage de l’Évangéliste. Quant au mouve- ment de la jambe gauche avancée, également subtilement souligné par le drapé des étoffes, il attire l’attention sur le geste de la main gauche qui va laisser choir le livre. Refusant de faire face à son fils expirant sur la croix, la mère de Jésus détourne la tête vers la gauche ; elle porte la main droite vers le côté opposé, tandis que l’autre main, écartée et tournée paume vers le sol, manifeste élo- quemment son impuissance. Comme celui de saint Jean, le visage de la Vierge est allongé, sec et anguleux, le nez long et étroit, les lèvres minces et tombantes, les yeux étirés mi-clos. Voilà un traitement du visage qui contribue efficace- ment à exprimer l’âpreté de la douleur. De surcroît, le voile retombant bas sur le front et l’attitude chancelante de Marie augmentent encore l’impression de désarroi. Les subtiles modulations dans les effets du drapé et des plissements soutiennent efficacement l’expression et la gestuelle de la figure, notamment celle des mains délicates. S’il était nécessaire, nous pourrions ainsi poursuivre plus loin encore l’analyse de ces statues, ce qui ne ferait qu’appuyer davantage notre conviction que ce Calvaire constitue un chef-d’œuvre de Balthazar. Avec le Christ en croix de l’église de Saint-Séverin-en-Condroz et le Calvaire de Liège, nous disposons donc d’un ensemble de quatre statues de grande taille 16.6 16.7 16.8 Fig. 16.6 Maître Balthazar, Christ, chêne, 150 cm, vers 1530-1540, Mortier, église Saint-Pierre Fig. 16.7 Maître Balthazar, Christ, chêne, 150 cm, vers 1530-1540, Jenneret, église Saint-Martin Fig. 16.8 Maître Balthazar, Christ, chêne, 78 cm, vers 1530-1540, Sarolay, église Notre-Dame de l’Assomption Fig. 16.9 Maître Balthazar, Christ, chêne, 165 cm, vers 1530-1540, Horion-Hozémont, église Saint-Sauveur Fig. 16.10 Maître Balthazar, Christ, chêne, 150 cm, vers 1530-1540, Liège, église Saint-Jacques Fig. 16.11 Maître Balthazar, Christ, chêne, 165 cm, vers 1530-1540, Vielsalm, église Saint-Gengoul Fig. 16.12 Maître Balthazar, Christ, chêne, 140 cm, vers 1530-1540, Namur, Musée provincial des Arts anciens du Namurois, inv. 39
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