A Masterly Hand / Scientia Artis 9

293 Michel Lefftz 16 292 que l’on doit à un maître au style puissant et très personnel dénommé Maître du Retable de sainte A nne 10 . C ependant, Balthazar va plus loin et témoigne ainsi qu’il est parfaitement au fait des nouvelles tendances de son temps, notamment par les proportions étirées des corps et des membres de ses figures, les attitudes et surtout les gestes qui sont devenus plus maniérés. La composition générale du drapé du Saint Jean de l’église Saint-Nicolas à Liège reprend une formule de composition du drapé typiquement brabançonne et plus spécifiquement bruxelloise. Celle-ci fut mise au point au xv e siècle, puis largement diffusée grâce à la dissémination des œuvres ; elle se caractérise par l’utilisation de grands rabats de l’étoffe qui tombent latéralement, en larges méandres, et dont la souplesse établit un contraste expressif avec les longs plis tuyautés. Il n’est pas rare de voir cette formulation du drapé reprise en dehors du Brabant, car sa diffusion a été favorisée par le succès considérable que connurent très rapidement les œuvres brabançonnes, notamment grâce à leur exportation. Mais c’est sans doute dans le Bas-Rhin que la réinterprétation de ces modèles donna lieu aux œuvres les plus remarquables, notamment à Kalkar, chez Maître Arnt et dans son entourage. Les ruptures introduites par Balthazar dans la composition du corps de saint Jean, notamment le poignet droit cassé et la tête tournée et inclinée, sont d’autant plus efficaces que le corps, solide- ment charpenté, est vêtu d’étoffes épaisses et fortement plissées. Les attaches minces des poignets, la finesse du cou et la délicatesse des doigts jouent égale- ment sur le contraste avec le drap lourd des vêtements. Comme Jan Borman à Louvain, Balthazar établit donc ici une gradation des effets plastiques dans le plissement de l’étoffe pour accentuer la lisibilité de l’expression des figures. Par exemple, le pan du manteau rejeté sur l’épaule droite de saint Jean est animé d’épais plis en pince à bec agencés en grands polygones qui convergent vers le poignet droit. De cette masse épaisse sort la manche qui reprend une 16.4 16.5 Fig. 16.4 Maître Balthazar, Christ, chêne, 120 cm, vers 1530-1540, Tongres, CPAS Fig. 16.5 Maître Balthazar, Christ, chêne, 130 cm, vers 1530-1540, Cerexhe-Heuseux, église Saint-André

RkJQdWJsaXNoZXIy MjI3OTg=