A Masterly Hand / Scientia Artis 9

199 Jana Sanyova and Cécile Glaude 9 198 Fig. 9.9 Vierge au croissant, Liège, église Saint-Jacques, décors peints sur la bordure du manteau a et e Lettrage orangé et fraises b et f Coupe stratigraphique sous lumière visible c et g Coupe stratigraphique sous lumière UV d et h Coupe stratigraphique par SEM-EDX sous électrons rétrodiffusés 9.9 a 9.9 e 9.9 f 9.9 g 9.9 h 9.9 b 9.9 c 9.9 d bien rouge (fig. 9.9e). La taille de ces échantillons étant trop réduite (juste suf- fisante pour faire une coupe stratigraphique), l’identification des liants et des colorants n’était malheureusement pas possible. Toutefois, sur la base des observations des coupes aux microscopes et de leur analyse spectroscopique, on peut supposer que leur morphologie très similaire indique la présence de résidus de laine dans les particules des deux laques, mais qu’elles sont faites à partir de sources de colorants différents (fig. 9.9b-d, 9.9f-h). Il semble clair que l’intention du polychromeur était de nuancer la couleur rouge. Mais comment a-t-il procédé ? Aurait-il utilisé les mêmes pigments avec des liants et des addi- tifs différents ? Aurait-il employé deux laques différentes qui ont, par consé- quent, vieilli différemment ? On peut supposer, d’après la couleur de la laque de la fraise et sa fluores- cence sous lumière ultraviolette, qu’il s’agit de la même laque de garance iden- tifiée par HPLC sur le dragon du Saint Quirin. La garance des teinturiers était le colorant le plus stable sur le marché aux xv e et xvi e siècles. Le même type de laque de garance préparée à partir de bourre tontisse a également été trouvé par HPLC dans le sang du Christ d’Ellikom décrit plus haut. Quant à la laque d’aspect orangé utilisée pour le glacis du lettrage, il est plus difficile de la comparer, car elle ne ressemble pas aux laques déjà analysées dans notre étude. Selon l’hypothèse que Kirby a développée au terme de longues recherches sur les colorants des pigments organiques, il n’y a que deux sources biologiques dont les laques sont toujours préparées à partir de textile recyclé : le kermès ( Kermes vermilio Ker.) et la garance ( Rubia tinctorum L.) 41 . B ien que moins permanente, la première était plus appréciée que la seconde. Ce n’est donc pas la permanence, mais la couleur rouge pourpre ­obtenue par l’insecte – le kermès des teinturiers – qui était la plus estimée, à l’inverse du rouge orangé de la garance. Mais la permanence d’une laque ne dépendait pas seule- ment du colorant ; les procédés de fabrication, très ­nombreux au Moyen Âge, ont également une influence. Nous pourrions, par élimination de la garance, avancer l’hypothèse qu’il s’agit de la laque de kermès. Tenant compte de la 50 μm 30 μm 50 μm 40 μm 50 μm 50 μm

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