A Masterly Hand / Scientia Artis 9

qualité de la polychromie de la statue, on ne serait pas étonné que l’artiste ait utilisé pour le glacis du lettrage une laque plus chère que celle utilisée pour les fraises, même si elle était moins permanente. Néanmoins, il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de déterminer le colorant des lettrages sans recourir à l’ana- lyse par HPLC. En conclusion La recherche sur les matériaux et les techniques utilisés pour décorer les ­ sculptures du groupe d’Elsloo a contribué à mieux connaître ce groupe, grâce aux résultats suivants. La préparation est composée de craie et de colle. Son épaisseur est variable selon le nombre de couches, plus nombreuses (jusqu’à onze applications) en dessous des dorures polies que sous les couches colorées. Les dorures polies sont appliquées sur deux types de bolus : l’un fin et orangé et l’autre plus épais et plus foncé. Ils sont composés de terre argileuse addition- née de craie, de gypse et de noir de charbon. Les feuilles métalliques polies sont soit en or fin de 23 carats environ, soit en or parti ( Zwischgold ). Ces der- nières ont été protégées par une couche organique chargée de gypse et de craie. Les dorures mates, en or et argent fin, sont posées sur des mixtions orange dont le principal composant est le minium. Elles contiennent aussi du blanc de plomb, de l’ocre et du noir de charbon et sont appliquées en deux couches, dont la seconde est plus diluée en liant. Le liant est à base d’huile de lin avec une addition de résine de pin. Les épaisseurs des feuilles d’or polies ou mates sont comparables : moins d’un demi-micron. La mixtion orangée des dorures mates et la laque rouge trouvées dans les polychromies du Saint Quirin et de la Vierge au croissant présentent des aspects très semblables et pourraient être utilisées comme argument de rapprochement entre ces deux statues. L’utilisation de Zwischgold dans deux des sept statues étudiées permet d’avancer l’hypothèse que les sculpteurs du groupe d’Elsloo dépendaient de la guilde d’une ville située plutôt du côté allemand que du côté des Pays-Bas. Comme pigment bleu, on trouve principalement de l’azurite, sous diffé- rentes granulométries. Elle est appliquée selon différentes techniques, sur des sous-couches de noir de charbon ou de bleu d’indigo, ou en décoration sur les dorures. Dans les sgraffites et les couches peintes, l’azurite est mélangée avec du gypse ou du blanc de plomb et est liée avec un liant contenant de l’œuf et de l’huile. Dans les décors peints, on trouve aussi du vert-de-gris, du vermillon et de la laque rouge. Toutes les laques rouges sont préparées à partir de déchets recyclés de l’industrie textile. Deux laques rouges identifiées par HPLC sont des laques de garance de teinturiers. Il serait intéressant de vérifier par une analyse si la laque d’aspect orangé utilisée pour le lettrage du vêtement de la Vierge de Liège est une laque de kermès, à l’origine rouge foncé et ayant déco- loré, ou bien si l’aspect brun orangé était recherché dès l’origine. Ce type de glacis brun orangé ayant été relevé sur plusieurs sculptures contemporai nes 42 , la question semble d’autant plus intéressante qu’elle concerne un nombre important de sculptures pour lesquelles l’analyse apporterait des informations essentielles quant à leur aspect d’origine.

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