A Masterly Hand / Scientia Artis 9
193 Jana Sanyova and Cécile Glaude 9 192 en ce qui concerne leur couleur que leur structure. Elles sont orange vif et sont appliquées en deux couches (reconnaissables sur les coupes stratigraphiques sous lumière ultraviolette), dont la couche inférieure est plus pigmentée, donnant la couleur de base ; la seconde, plus diluée, remplit le rôle de couche adhésive pour la feuille qu’elle reçoit. Le fait que la couche supérieure soit plus riche en liant lui donnait probablement une meilleure fluidité au moment de son application : elle remplissait ainsi mieux les aspérités et donnait une surface plus douce et plus lisse. On peut donc supposer, chez le polychromeur, une vraie volonté d’obtenir un certain degré de brillance, sans pour autant recourir au polissage de surface à la pierre d’agate, comme c’est le cas pour les dorures polies à haute brillance. L’addition de résine au liant huileux va dans le même sens. L’analyse de la mixtion prélevée dans les cheveux de la Vierge au croissant ( py-GC MS) 23 a e n effet démontré l’ajout de résine de pin à l’huile de lin. L’ana- lyse a également montré qu’il s’agit d’huile de lin prépolymérisée, partiellement transformée en savon de plomb (FTIR). Dans la composition des charges (SEM-EDX et FTIR) on retrouve majo- ritairement du minium auquel sont additionnés du blanc de plomb (hydro- cérusite), de l’ocre et un peu de noir de charbon. La silice et la calcite, égale- ment présentes dans les deux mixtions, peuvent être considérées comme les impuretés de l’ocre. L’ocre utilisée par le polychromeur du Saint Quirin semble être de moindre pureté : elle contient en effet, en plus de la calcite, de grosses particules de sable siliceux. Le minium et le blanc de plomb rem- plissent une fonction chromatique et siccative. Les proportions de ces com- posants varient peu d’une sculpture à l’autre et nous considérons que ces deux mixtions sont particulièrement proches. Si on les compare avec les mix- tions des sculptures brabançonnes du xvi e siècle, on remarque en effet que ces dernières sont bien plus claires, contenant plus de blanc de plomb et d’ocre. Elles contiennent peu de minium, mais celui-ci se retrouve parfois en dessous de la mixtion claire oc rée 24 . Néanmoins, il n’est pas certain que ces deux cas de mixtion orange soient représentatifs de tout le groupe d’Elsloo car, d’une manière générale, les struc- tures et les compositions des mixtions sont assez variables et il n’est pas rare d’y trouver des pigments coûteux, provenant du nettoyage de la palette ou des pinceaux. 50 μm 50 μm 9.5 a 9.5 b 9.5 c Fig. 9.5 Vierge au croissant, Liège, église Saint-Jacques a Localisation du prélèvement des cheveux b Coupe stratigraphique sous lumière visible c Coupe stratigraphique sous lumière UV Ces photos montrent une feuille d’or sur une mixtion en deux couches et une fine couche de patine sur la dorure.
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