A Masterly Hand / Scientia Artis 9
couvre les cheveux de la Vierge au croissant de Liège (fig. 9.5), tandis que la feuille d’argent a été mise en évidence sur le Saint Quirin de Gerdingen, dans des zones aux surfaces limitées – le collier, la griffe et la gueule du dragon. Ce même saint présente par ailleurs probablement une dorure sur mixtion, sur la chasuble, mais la polychromie originale de cette sculpture se dissimule aujourd’hui sous plusieurs surpeints ; les observations en lumière rasante de la chasuble révèlent néanmoins un faible relief caractéristique du brocart appli- qué où la feuille d’étain est habituellement couverte d’une dorure sur mixtion. Malheureusement, aucun de nos échantillons ne contient les informations espérées sur cette dorure-là. Argent L’analyse semi-quantitative par ESEM-EDX montre que la feuille d’argent préle- vée sur le dragon est assez pure : environ 1 % de cuivre et aucune trace d’or. La feuille est partiellement corrodée ; on y trouve plus de composés de sulfure que de composés de chlore. Son épaisseur, comprise entre 1,5 et 3 micromètres, est nette- ment plus importante que celle des Zwischgold ( ± 1 µm) trouvés sur l’Apôtre d’Ellikom et sur le Christ de Meeuwen. Naturellement, les Zwischgold sont à présent plus épais que les feuilles d’or fin (± 0,2 µm). Le fait que la feuille d’argent soit très épaisse est dû au processus de corrosion, plus avancé dans ce cas-ci que dans le cas de l’or parti. Ce dernier a été doublement protégé, d’une part par la feuille d’or et d’autre part par un vernis de protection. La feuille d’argent quant à elle n’a été protégée que par le vernis et les glacis colorés (voir ci-dessous). Il n’est cependant pas exclu que la feuille d’argent fût à l’origine plus épaisse que la feuille d’or parti, ce qui influencerait également leur différence actuelle. Les feuilles d’argent du dragon du Saint Quirin reposent sur une mixtion orangée, composée principalement de minium et appliquée en deux couches, dont la seconde est moins chargée. Or La feuille d’or trouvée dans les cheveux de la Vierge au croissant de Liège repose sur une mixtion similaire, composée principalement de minium et appliquée en deux couches, dont la seconde est fortement diluée avec un liant (fig. 9.5). L’analyse semi-quantitative de cette feuille d’or par SEM- EDX donne une composition similaire à celles des dorures polies de la même statue (robe et manteau de la Vierge et linge de l’Enfant Jésus), conte- nant 97 % d’or, 2 % d’argent et 2 % de cuivre, ce qui correspond à environ 23 carats. Quant à l’épaisseur de la feuille, elle va de 0,2 à 0,5 micromètre. Aucune différence d’épaisseur entre cette feuille posée sur mixtion et celle posée sur bolus n’a été révélée, alors que le traité de Cennino Cennini recommande d’utiliser une feuille plus épaisse pour la dorure polie et une feuille plus fine pour celle posée sur mixt ion 22 . Mixtion Les couches de mixtion sous la feuille d’or des cheveux de la Vierge au croissant et sous la feuille d’argent du dragon du Saint Quirin sont très similaires, tant
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