A Masterly Hand / Scientia Artis 9
191 Jana Sanyova and Cécile Glaude 9 190 manteau de l’Apôtre correspond à un décor peint ou à une sous-couche pour l’azurite, qui serait absente dans notre prélèvement. L’or parti et l’or fin sont fréquemment cités dans les ordonnances de guildes, les livres de compte ou les contrats. L’or fin était un matériau coûteux et faisait dès lors l’objet de nombreuses fraudes : il était parfois remplacé par une feuille d’or parti, moins chère, ou par une feuille d’argent couverte d’un glacis imitant la couleur de l’or. D’après J. Kirby, entre la fin du xiv e et le début du xvi e siècle, la feuille d’or était en moyenne deux fois plus chère que la feuille d’or parti qui elle-même était environ deux fois plus chère que la feuille d’arg ent 18 . L ’utilisa- tion de l’or parti et de la feuille d’argent couverte d’un glacis était réglementée par les ordonnances de guildes de nombreuses villes nord-européennes. Les guildes sont ainsi passées d’une interdiction totale, sous peine d’amende, d’uti- liser ces matériaux pour les travaux sur bois (Londres 1283, Lyon 1496) à une permission à condition que le commanditaire marque son accord (Londres 1466, Würtzburg 1470), en passant par la proscription de la substitution de l’or fin par de l’or parti (Cologne 1449, Munich 1461, Tournai 1480, Lunenburg 1497, Rouen 1507) ou l’interdiction d’utiliser les deux métaux sur un seul objet ( Anvers 1472, Mons 1478, Rouen 1 510) 19 . Il est intéressant de mentionner que nous n’avons jamais retrouvé d’or parti dans des retables brabançons des xv e et xvi e siècles (œuvres abondam- ment étudiées par l’IRPA), bien que les guildes des peintres des villes des Pays-Bas méridionaux ne l’interdisaient pas. Par contre, de l’or parti est assez souvent observé dans des œuvres provenant des régions allemandes, italiennes et d’Europe centr ale 20 . N ous l’avons mis en évidence dans deux sculptures allemandes datant du début du xvi e siècle, Sainte Ursule et Sainte Agnès du Gruuthusemuseum à Bruges (inv. 0.74 et 0.75), ainsi que sur une petite sculpture de la première moitié du xvi e siècle (vers 1540), Sainte Marguerite d’Antioche conservée à l’église Saint-Martin à Genly ( Hain aut) 21 . Si l’or parti a été retrouvé dans deux des sept sculptures du groupe d’Elsloo étudiées ici, son utilisation est sans doute justifiée par d’autres facteurs que la restriction budgétaire ou la fraude. Peut-être est-ce une raison esthétique qui est à l’origine de ce choix, ou peut-être l’utilisation d’or parti était-elle stipulée dans le contrat ? Si l’on replace les résultats des analyses dans leurs contextes historique et géographique, la présence de Zwischgold dans ces deux sculptures peut donner une indication de la localisation du groupe d’Elsloo. Vu l’utilisation de ce matériau pour des sculptures destinées à des églises, on peut émettre l’hypo- thèse que ce groupe soit lié à une guilde qui autorisait l’utilisation d’or parti ( sans doute sous certaines conditions), c’est-à-dire une guilde située plutôt dans une ville allemande que dans les Pays-Bas méridionaux. 2. Les dorures et argentures mates À côté des dorures polies, appliquées sur une couche aqueuse, nous avons retrouvé deux cas où la feuille métallique est posée sur une couche adhésive huileuse, appelée mixtion, qui n’a pas été polie au préalable. Dans le premier cas, il s’agit d’une feuille d’or, dans le second d’une feuille d’argent. La dorure
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