A Masterly Hand / Scientia Artis 9
Les couches colorées Lorsque la préparation du support (craie/colle) et le travail des feuilles métal- liques sont achevés, vient l’application des couches colorées. Jusqu’à présent, aucun indice ne nous permet de savoir si cette seconde phase était réalisée par le même artiste que celui qui avait la charge des dorures et argentures. Néan- moins, les sources écrites contemporaines nous poussent à supposer que c’était bien un autre artiste ou artisan spécialisé qui prenait le relais. Ainsi, d’après J. Nadolny, à partir du xv e siècle les préparateurs formaient un sous-groupe des guildes des peintres et se chargeaient de la dorure et de tous les travaux de préparation, parmi lesquels l’application des sous-couc hes 25 . Pour en savoir plus sur les habitudes et l’organisation du travail en atelier du groupe d’Elsloo, il faudrait étudier bien plus qu’une polychromie bien conser- vée comme celle de la Vierge au croissant. Cette polychromie est, du point de vue de la structure et de la composition des couleurs, la plus importante de la série étudiée, car c’est le seul exemple qui nous est parvenu sans surpeint et sans décapage. De ce fait, les techniques employées ici ne peuvent pas être comparées avec d’autres polychromies de la série et ne peuvent donc pas être considérées comme représentatives du groupe. Nous avons néanmoins com- paré les matériaux de cette polychromie avec ceux des autres sculptures, ce qui nous révèle quelques similitudes intéressantes. La synthèse de nos analyses se focalise sur certains types de matériaux, tels que les sous-couches d’azurite et les glacis des feuilles métalliques, qui ont été retrouvés dans plusieurs des sculptures étudiées et peuvent de ce fait être comparés et discutés. 1. L’azurite et ses sous-couches Au xv e siècle, parmi les pigments bleus, c’était le bleu d’azurite qui dominait. Il n’a été détrôné qu’à la seconde moitié du xvi e siècle, par le smalt. Celui-ci n’a jusqu’à présent pas été observé dans les couches originales des statues du groupe d’Elsloo. L’azurite était un pigment cher (seuls l’outremer naturel et l’or étaient encore plus onéreux) et sa présence témoigne d’un budget confortable consacré à la polychromie. Les techniques d’application étaient variées, chacune reflé- tant l’intention des artistes. En changeant la granulométrie, le liant et la sous-couche de l’azurite, les polychromeurs pouvaient en effet obtenir toute une gamme de nuances et d’aspects, du brillant au mat poudreux en passant par une surface satinée. Dans la série étudiée, nous avons trouvé de l’azurite dans la sous-couche de trois polychromies : les décors en sgraffite du revers du manteau de la Vierge au croissant, le revers du manteau de Saint Quirin et celui de la Sainte Anne Trinitaire d’Elsloo (fig. 9.6). L’azurite sur le revers du manteau de Saint Quirin est appliquée sur une sous-couche noire. Cela correspond à une technique très souvent utilisée aux xv e et xvi e siècles dans les Pays-Bas méridionaux. L’azurite est également présente dans le décor en forme de lys de l’intérieur du manteau de la Vierge au croissant réalisé avec la technique du sgraffite, ayant un aspect poudreux. Le manteau de Sainte Anne Trinitaire est le seul cas où nous avons trouvé de l’azurite en gros grains sur une sous-couche d’indigo et d’azurite finement
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