A Masterly Hand / Scientia Artis 9

la Vierge au croissant de Liège, la Sainte Anne Trinitaire d’Elsloo, le Christ en croix et l’Apôtre d’Ellikom, et le Christ en croix de Meeuwen. Les trois ­ premières dorures sont faites avec des feuilles d’or fin et les deux dernières avec des feuilles d’or parti. Nous n’avons pas trouvé de feuilles d’argent polies. Couche adhésive rouge : « bolus » Le terme « bolus » est utilisé pour désigner une couche contenant une sorte de terre rouge à fort contenu argileux qui lui confère un aspect « gras ». Il est com- munément appelé «bolus d’Arménie », bien que cette provenance n’ait jamais été démon trée 7 . C ette couche fait partie des couches destinées à préparer la surface recevant une dorure polie, c’est-à-dire à rendre la surface assez plastique pour amortir la pression du polissage sans se fissurer. La couleur du bolus, qui varie de l’orange au brun-rouge, est sans nul doute une des raisons pour lesquelles les peintres du Nord l’ont choisi. Elle influence la teinte de la feuille puisque celle-ci est parfois si mince qu’elle laisse transparaître la couleur sous-jacente. Sur les sculptures du groupe d’Elsloo, nous avons retrouvé deux types de bolus en des- sous des dorures polies : l’un plutôt orangé et fin, et l’autre plutôt brunâtre et épais. Le premier bolus, fin et orangé, a été observé en dessous des dorures à l’or fin ( manteau et robe de la Vierge de Liège, fig. 9.3a) et en dessous des dorures à l’or parti (périzonium du Christ de Meeuwen et manteau de l’Apôtre d’Ellikom, fig. 9.3b-c). Ce bolus a entre 5 et 10 micromètres d’épaisseur, ce qui correspon- drait à une couche. Il est composé principalement de terre rouge argileuse et de craie, avec un peu de noir de charbon. Son aspect est très proche de ce qu’on observe habituellement sur les sculptures brabançonnes des xv e et xvi e siè cles 8 . Le second type de bolus est plus épais et plus foncé. Il a été retrouvé en dessous des dorures de l’extérieur du périzonium du Christ d’Ellikom et du manteau de la Sainte Anne Trinitaire d’Elsloo (fig. 9.3d-e). Il est de couleur brunâtre assez foncée et son épaisseur varie de 20 à 25 micromètres ; visible- ment, il est appliqué en plusieurs couches. La cartographie SEM-EDX de la dorure du périzonium du Christ d’Ellikom le confirme : il y a en effet trois couches de bolus. En plus de la terre rouge argileuse, ce bolus est composé de gypse et de craie. La présence du noir de charbon en plus grande proportion que dans le bolus de la Vierge au croissant renforce son aspect brun âtre 9 . Ces deux différents types de bolus suggèrent l’utilisation de deux techniques de dorure décrites dans les traités artistiques médiévaux. Le premier type de bolus, orangé et très fin dans une matrice de craie, ressemble aux dorures retrouvées sur de nombreuses peintures et sculptures d’Europe du Nord aux xv e et xvi e siècles ; il rappelle la description de la dorure polie donnée dans le traité allemand de la fin du xv e - début xvi e siècle Liber illuministari um 10 , o ù un «  lavis » de terre rouge est appliqué en fine couche avec une éponge. Le second type de bolus, plus épais et appliqué en plusieurs couches, rappelle la descrip- tion donnée par Cennino Cennini au xv e siècle dans Il Libro dell’ Arte ( chap. cxxxi) : l’auteur recommande en effet de broyer le bolus d’Arménie avec du blanc d’œuf et de l’appliquer en quatre couches sur une surface à dorer, dont la première est très mince et les trois autres sont de plus en plus riches. Ce bolus plus épais est plus fréquent dans la peinture du Sud, ainsi que dans la peinture d’Europe centrale ou encore dans la sculpture allema nde 11 .

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