A Masterly Hand / Scientia Artis 9

Fig. 6.36 Bourreau du Portement de croix, Lille, Palais des Beaux-Arts, inv. A 126 Fig. 6.37 Saint Sébastien, Neeroeteren, église Saint-Lambert 6.36 Lille (fig. 6.36), la grande souplesse d’articulation des parties du corps occupant magnifiquement l’espace ainsi que le soin apporté aux détails du costume et de l’anatomie incitent à les situer dans la deuxième ou la troisième période avec cependant une légère préférence pour la deuxième à cause de l’animation soutenue de la draperie du manteau de la figure du chevalier de Liverpool et du guerrier du Louvre. Une autre statue du Louvre, un Saint Léonard dont la composition du drapé rappelle celle du Saint Pierre d’Oirlo, doit logiquement être située dans la troisième période du fait de la réduction de l’animation du drapé et leur meilleure utilisation au profit de l’effet d’ensemble. La variété stylistique et technique du vaste ensemble de Neeroeteren pose ici clairement la question des diverses mains actives dans l’atelier au cours de la dernière période. De toute évidence, la présence de nombreuses statues aux qualités moindres, exécutées rapidement d’après des compositions plus anciennes, doit être le fait d’une forte implication des compagnons de l’ate- lier. Cependant, plusieurs statues, telles que celles de saint Christophe, saint Jacques le Majeur, saint Antoine et du Christ de pitié (fig. 1.22c) émergent du lot par leurs qualités plastiques nettement supérieures aux autres ; nous proposons donc de les attribuer à un maître expérimenté, probablement le chef de l’atelier. Si leur style témoigne d’une conception plus monumentale que les œuvres des périodes précédentes, celle-ci est aussi plus sèche, car les formes s’y trouvent dégagées du bois de manière plus incisive, avec moins de nuances et de détails. Cette rapidité d’exécution combinée avec une aisance dans le rendu des figures dans l’espace, mais aussi l’utilisation de composi- tions très élaborées, témoignent généralement d’une main expérimentée dont la production a dû s’adapter à une forte demande du marché. Les statues de saint Sébastien (fig. 6.37) et des Vierges du Marianum de Neeroeteren présentent une articulation beaucoup moins souple et moins spatiale des postures et de la gestuelle. On observe aussi qu’en plus de la reprise de formules antérieures, le trai- tement de l’anatomie et celui du drapé se sont raidis et même desséchés. D’une manière générale, le rythme peu nuancé dans l’organisation des dra- pés ou des cheveux, comme le manque de gradation dans l’émergence des reliefs, est ici caractéristique d’un art en série, moins inventif, qui vit de formules anciennes, rapidement exécutées. Il doit être mis sur le compte de praticiens maîtrisant très bien la technique, mais moins enclins à la créativité. Dans ces œuvres de la quatrième période, on observera encore que les plis en pinces à bec se sont totalement raidis, ils se sont allongés et sont souvent groupés en faisceaux parallèles formant de larges bandes traversant toute la composition. Un autre aspect important du style que l’on peut observer dans les séries de statues de Neeroeteren et de Siersdorf, tient à l’accentuation de l’expression physionomique. Ainsi, et bien qu’il existe diverses formules, les globes oculaires sont souvent fortement cernés par des paupières couturées et les yeux sont entourés de rides profondément incisées dans le bois. La forme des paupières supérieure abaissée rappelle une coquille par son volume forte- ment incurvé. Le plan sus-orbitaire est soit horizontal, soit incliné, le nez est long avec un large dos et des ailes épaisses, les lèvres minces forment souvent

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