A Masterly Hand / Scientia Artis 9
le sculpteur ayant agrandi la figure de l’Enfant, saint Christophe doit lever la tête pour se tourner vers lui, ce qui l’oblige aussi à tendre le haut de son corps vers l’arrière. L’animation de la draperie est régie par la recherche de grands effets de scansion rythmée avec vigueur et efficacité, par exemple, la retombée du manteau sur le bras droit de saint Christophe ou la séquence de plis du pourpoint sur le buste. L’expressivité du visage est accentuée par de grands yeux oblongs, saillants, largement dégagés dans leurs orbites et soulignés par les paupières et les rides en patte d’oie, les maigres joues saillantes sont creusées de larges fossettes, le plan des arcades sus-orbitaires s’est relevé. À la différence des boucles de cheveux du Saint Christophe de Bree, non seulement celles-ci sont plus grandes, mais le sculpteur les organise de manière irrégulière et asymé- trique. En outre, les masses pileuses sont profondément creusées, ce qui accroît encore leur expressivité. Le visage de l’Enfant s’est légèrement transformé et présente un nouveau type : le nez est plus long et retroussé, les joues sont plus gonflées et creusées d’une fossette, les yeux sont plus grands et plus ronds. Quant aux cheveux, ils sont disposés en méandres et tombent dans la nuque. Les phalanges des mains sont traitées avec vigueur, leurs volumes présentent souvent des arêtes vives, les doigts sont un peu plus épais que dans les groupes précédents, les veines n’envahissent plus le dos des mains. La cohérence de la composition où tout concourt à proposer une vision unifiée de l’image, les proportions monumentales et la puissance expressive de cette statue se retrouvent dans les meilleures pièces de Neeroeteren, comme Saint Jacques le Majeur (fig. 1.22a) et Saint Antoine (fig. 6.35). Sans doute faut-il y voir des productions du maître de l’atelier. Si l’analyse de ces trois versions de saint Christophe a confirmé la pertinence des critères stylistiques utilisés jusqu’ici et leur classement en groupes successifs, elles pourront aussi servir d’œuvres de référence pour la critériologie des autres figures masculines. Cependant, un quatrième groupe de saint Christophe faisant traverser la rivière à l’Enfant conservé à la collégiale de Huy (fig. 6.32) confirme, si besoin était, que les périodes restent uniquement des entités conceptuelles destinées à faciliter une lecture générale de l’évolution du style des œuvres rassemblées autour de la Sainte Anne Trinitaire d’Elsloo car, comme pour le Saint Christophe de Bree dont il se rapproche, on hésitera ici aussi à le classer dans la deuxième ou la troisième période. Ses principales caractéristiques morphologiques témoignent d’un goût du pittoresque dans la représentation des accessoires, la fragmenta- tion des surfaces du drapé et la composition articulée autour d’axes croisés. Les yeux sont grands, bombés et saillants, mais les mèches de la barbe bifide y sont encore symétriques, elles ondulent et s’achèvent en crochets. Si le visage de l’Enfant annonce déjà celui de Neeroeteren, notamment par la forme de son nez, les cheveux y sont cependant courts et bouclés. Quelques statues de saint comme celles de la série des Saints Antoine pour- raient faire l’objet d’analyses comparatives telles que celle que nous avons proposée pour les Saints Christophe. Ainsi, le Saint apôtre de Bree (fig. 6.33), très incomplet, n’est pas sans rappeler stylistiquement et iconographiquement le Saint Antoine de Mönchengladbach-Rheindahlen (fig. 6.34). Mais alors que le premier est en posture verticale et que la composition des draperies est Fig. 6.33 Apôtre, Bree, église Saint-Michel Fig. 6.34 Saint Antoine abbé, Rheindahlen, église Sainte-Hélène Fig. 6.35 Saint Antoine abbé, Neeroeteren, église Saint-Lambert
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