A Masterly Hand / Scientia Artis 9
139 Michel Lefftz 6 138 6.32 légèrement maniérée, tandis que la main droite serre la branche avec rudesse. Les traits soigneusement travaillés du visage de Christophe se découvrent derrière les abondantes mèches ondulantes des cheveux et de la barbe, les arcades sourcilières puissantes et fortement cambrées se resserrent et produisent des rides profondes au niveau de la glabelle, les cavités orbitales sont profondes et le plan des arcades sus-orbitaires est très bas, presque à la perpendiculaire par rapport au plan du front, les yeux oblongs sont cernés par d’épais bourre- lets qui forment les paupières. Comme les cheveux du saint, ceux de l’Enfant sont longs et ondulants, avec des crochets et des boucles aux extrémités. La conception des cheveux du Saint Christophe de Londres rappelle celle qui régit l’organisation des cheveux du Saint Jean d’Ellikom. Tous ces critères plaident en faveur d’une insertion de l’œuvre dans la deuxième période. Le deuxième Saint Christophe de la série est celui de Bree (fig. 6.30) qu’il faut probablement situer à la fin de la deuxième ou dans la troisième période, car cette fois, le corps est légèrement déhanché, parallèle au tronc d’arbre auquel il s’appuie, l’eau de la rivière s’accumulant autour de ses chevilles. Le saint se tourne légè- rement vers l’Enfant Jésus qu’il maintient sur son épaule en le serrant par les jambes. L’Enfant, présenté en Salvator mundi , bénit de la main droite et tient le globe dans l’autre main. Les effets d’animation de la draperie, cette fois limités au manteau, contrastent avec les vastes surfaces lisses du court pour point ; la culotte courte est à crevés et à lambrequins. Les longues jambes se détachent sur le fond lisse du pan du manteau qui tombe dans l’eau, à l’arrière de la statue. Savamment organisée, la composition est unifiée autour d’un axe oblique qui va de l’avant-bras droit, duquel retombe l’une des extrémités du manteau, vers l’épaule gauche du saint où l’Enfant Jésus a pris place. La légère cambrure du corps de saint Christophe accompagne celle du tronc qui lui sert de soutien, le vide entre les deux étant habilement occupé par un long pan du manteau dont la surface animée par des chutes asymétriques de plis en pince à bec reprend le rythme des nœuds de l’arbre. Les mèches de cheveux et de la barbe du saint passent de l’ondulation aux rouleaux et s’achèvent en boucles spiralées alors que la chevelure de l’Enfant est constituée uniquement de ces mêmes boucles spiralées. L’organisation de ces éléments pileux est symétrique et massive, car le volume des mèches et des boucles n’est que superficiellement dégagé du bloc de bois. La ligne des arcades sourcilières et de la glabelle du saint forme une accolade légèrement infléchie, les yeux sont en amande, les joues maigres sont proéminentes. Les veines sont saillantes et les articulations des phalanges des mains sont marquées par une légère saillie ou par de légères incisions, ce qui les rend noueuses, comme certaines brindilles. En réutilisant fort habilement à Neeroeteren (fig. 6.31) divers éléments repris aux composi- tions des Saints Christophe du Victoria and Albert Museum et de Bree, le sculpteur a atteint une plus grande monumentalité et aussi une plus grande puissance expressive, lesquelles sont caractéristiques de la troisième période, mais que l’on retrouve encore dans les meilleures œuvres de la dernière période. Le saint s’accroche ici fermement à l’axe oblique d’un gros bois écoté qui s’arque sous la pression. Christophe n’est plus présenté comme s’il s’avançait dans l’eau, mais plutôt comme s’il tentait de résister au courant de la rivière. La posture et la gestuelle de Jésus sont semblables à celles du groupe de Bree, mais Fig. 6.32 Saint Christophe, Huy, collégiale Notre-Dame
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