A Masterly Hand / Scientia Artis 9

chronologie de la production de l’atelier d’Elsloo car cette série témoigne avec une grande pertinence de l’évolution stylistique qui va d’une conception de l’œuvre sculptée où prime l’accumulation de détails pittoresques fragmentant les volumes, jusqu’à une approche monumentale où les différentes parties de la composition s’enchaînent de manière dynamique pour proposer au fidèle une image convaincante. Ainsi, dans le Saint Christophe du Victoria and Albert Museum (fig. 6.29), la surface de l’étoffe est fragmentée en multiples facettes qui créent un véritable vibrato où l’œil se perd dans les nombreux détails pit- toresques, comme le couvre-chef maintenu sur la tête par une longue bande de tissu nouée dans le cou et tombant dans l’encolure ouverte de la chemise, l’Enfant Jésus assis à califourchon sur l’épaule du porteur ou encore les chausses remontées sur les mollets de saint Christophe. Celui-ci est montré traversant la rivière en prenant appui sur son frêle bâton, le corps courbé vers l’avant sous le poids de l’Enfant et ne profitant guère du soutien de la branche écotée puisqu’il ne fait que l’effleurer de la main gauche. La composition est construite autour d’un chiasme où l’axe oblique du corps du porteur s’oppose à celui du bâton. Le sculpteur a fouillé le bloc de chêne de son ciseau afin de dégager au maxi- mum de la masse des vêtements les nombreux pans qui vibrent autour de la figure. Cette recherche de mouvement est encore accentuée par l’articulation des différentes parties du corps et le réseau dense et serré des plis animant la surface des étoffes. Quant à l’anatomie, les corps sont longs et minces, les doigts de la main gauche du saint, longs et effilés, adoptent une pose 6.29 6.30 6.31 Fig. 6.29 Saint Christophe, Londres, Victoria and Albert Museum, inv. 374-1890 Fig. 6.30 Saint Christophe, Bree, église Saint-Michel Fig. 6.31 Saint Christophe, Neeroeteren, église Saint-Lambert

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