A Masterly Hand / Scientia Artis 9

137 Michel Lefftz 6 136 Fig. 6.28 Christ bénissant, collection privée l’articulation de la première et de la deuxième période. La composition sophis- tiquée des cheveux des Vierges à l’Enfant de Liège et de Gerdingen (fig. 6.24), formée de longues mèches qui tombent sur les épaules et les bras, joue des effets d’enchevêtrement en superposant et en entrelaçant des brins qui s’étalent en larges méandres. Elle n’est pas sans rappeler celle que Dries Holthuys élabora pour les cheveux de ses statues de Vierges et de sai ntes 7 . Si l’organisation de ces longues mèches de cheveux est encore erratique dans la Vierge de Liège, elle est beaucoup plus régulière dans celle de Gerdingen. Remarquons encore que la disposition générale des mèches de cheveux qui tombent sur les tempes en formant des boucles rejetées en arrière est très couramment utilisée dans le Bas-Rhin et notamment dans la Gueldre, à Clèves en particulier, mais le Maître d’Elsloo en a fait un élément ornemental destiné à mettre en exergue l’expression des visages. C’est principalement en jouant sur le groupement des brins et l’espacement des mèches, mais aussi sur leur saillie par rapport à la tête, bref en organisant la chevelure suivant une conception rythmique différente, qu’il se démarque des autres sculpteurs. Aux deux Vierges mentionnées, on ajoutera celle du groupe trinitaire de Sainte Anne d’Elsloo (fig. 6.23) où cette conception rythmique est sans doute la plus élaborée, mais il est vrai que sa tête inclinée vers l’avant et tournée sur le côté favorisait sans doute une recherche plus subtile de l’organisation des volumes de la chevelure. La comparaison des groupes de Sainte Anne Trinitaire d’Elsloo, de Schierwaldenrath (fig. 6.26) et ­ d’Amsterdam (Rijksmuseum, fig. 6.27) confirme également la tendance ­ générale de cette évolution. L’articulation des volumes corporels des groupes de Schierwaldenrath et d’Amsterdam, de même que la réduction des effets locaux du drapé, autorisent à les placer dans la troisième période. Nous avons vu plus haut, avec l’étude des Saints Jean des Calvaires d’Ellikom et de Beek, que l’évolution du style du Maître d’Elsloo dans les figures mascu- lines est liée à un changement dans l’expression formelle de la chevelure et que ces modifications, si elles témoignent notamment d’une meilleure maîtrise spa- tiale du sculpteur et d’un sens accru du rythme, s’accompagnaient aussi d’une exécution plus rapide. L’étude du traitement des chevelures masculines fournit des indices très utiles pour la caractérisation des œuvres et pour leur chrono- logie relative. Ainsi, bien que très endommagé, le revers de la chevelure du Christ bénissant d’une collection privée (fig. 6.28) présente une variante de la formule du Saint Jean d’Ellikom puisque, en partant du sommet de la tête, les mèches ondulent avant de se tordre en longs rouleaux terminés en spirales. Ce motif est repris une seconde fois, dans un deuxième rang tombant dans la nuque. Par ailleurs, le drapé des vêtements construit autour de nombreux effets locaux d’animation de l’étoffe qui couvre quasiment toute la surface et où l’artiste fait montre de sa dextérité à y dégager de minces pans de tissus en les creusant profondément par derrière, de même que la posture souple et en mouvement, sont autant de critères autorisant à rattacher cette œuvre à la deuxième période de production du Maître d’Elsloo. Les comparaisons des quatre figures des saints Christophe s’avèrent parti­ culièrement pertinentes pour vérifier et affiner les critères d’attribution et la 6.28

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