A Masterly Hand / Scientia Artis 9

6.26 6.27 Fig. 6.26 Sainte Anne Trinitaire, Schierwaldenrath, église Sainte-Anne Fig. 6.27 Sainte Anne Trinitaire, Amsterdam, Rijksmuseum, inv. BK-NM-1278 les séquences y est aussi plus fluide, sans doute parce que l’articulation d’un pli à l’autre est davantage balancée, mais également parce que l’artiste maîtrise bien mieux la modulation des effets de saillie progressive des plis dans le drapé, accentuant ainsi le contraste et la lisibilité des différentes parties de l’œuvre. Cette recherche d’animation se retrouve également dans les postures, comme en témoigne le déhanchement de la Vierge d’Elsloo ou la posture et la gestuelle de l’Enfant, lequel prend pleinement possession de l’espace. Mais c’est d’abord à cause de ses particularités anatomiques, surtout celles du visage, qu’il faut probablement considérer la Vierge de Gerdingen comme l’une des plus anciennes œuvres du groupe d’Elsloo. On l’a déjà remarqué avec les figures du Calvaire d’Eksel, le visage des personnages de la première période est charnu, large et plutôt carré. Il se distingue particulièrement par la forme triangulaire du nez, à l’arête vive, et les yeux globulaires et rapprochés, avec de grandes paupières en coquille. On observera encore des différences dans le traitement des cheveux des Enfants et de ceux des Vierges de Gerdingen et d’Elsloo. La coiffure de chacun de ces Enfants correspond à un type distinct qui se retrouve dans les autres œuvres du groupe d’Elsloo. Ainsi, celle de l’Enfant de­ Gerdingen présente de longs cheveux ondulants dont l’extrémité s’enroule en boucles épaisses et spiralées, semblables aux mèches de la barbe du Christ d’Eksel ou celles des cheveux du Saint Jean d’Eksel. Outre Gerdingen, ce ­ premier type de cheveux de l’Enfant Jésus se retrouve dans d’autres œuvres de la première période : à l’église Saint-Jacques à Liège (fig. 6.25), à Bocholt (Vierge à l’Enfant, fig. 5.33 et Vierge de l’Apocalypse, fig. 5.29) et à Bokrijk (provenant d’Erpekom, fig. 5.31) . La coiffure de l’Enfant d’Elsloo relève d’un autre type, elle est formée de courtes mèches bouclées et est caractéristique des œuvres de la deuxième période ; ce type est repris notamment à Gaesdonck (fig. 1.5), à Schierwaldenrath (fig. 6.26), à Amsterdam (Rijksmuseum, fig. 6.27) et à Bree ( Saint Christophe, fig. 6.30). Il faut noter que des versions raidies de ces deux types se retrouveront dans les œuvres de la quatrième période. Les comparaisons entre les Vierges et les Enfants des deux premières périodes ont permis de préciser leurs caractéristiques stylistiques et posent la question de la formation initiale du maître principal. Si le type de visage des sculptures de la première période rappelle plutôt des œuvres comme celles de Kerstken Woyers, avec notamment la Sainte Catherine du Museum Kurhaus de Clè ves 6 , on a vu par ailleurs que les Christs étaient influencés par Maître Arnt de Kalkar. S’il est évidemment trop tôt pour proposer une quelconque filiation, il est très probable qu’une meilleure connaissance des milieux de production du Bas-Rhin permettrait d’y voir plus clair. Avec sa polychromie magnifiquement conservée, la Vierge de l’Apocalypse de l’église Saint-Jacques à Liège (fig. 6.25) fournit un précieux maillon pour la chronologie des œuvres du groupe d’Elsloo, bien que l’inscription – 1525 – se rapporte à l’exécution de la polychromie et non à celle de la statue. Pour l’essentiel, le style de cette œuvre correspond à celui que nous avons défini pour la première période. Cependant, la forme des yeux en amande et le nez plus long et moins triangulaire invitent à la considérer comme une œuvre à

RkJQdWJsaXNoZXIy MjI3OTg=