A Masterly Hand / Scientia Artis 9

6.6 Fig. 6.6 Maître Arnt de Kalkar, Christ au sépulcre, chêne, L 188 cm, 1486-1487, Kalkar, église Saint-Nicolas pommettes petites, hautes et saillantes, joues fortement creusées, bouche entrouverte laissant voir la rangée supérieure de dents, lèvres minces et arasées recouvertes aux commissures par les poils de la moustache, plis nasolabiaux très marqués. Plusieurs caractéristiques anatomiques notées à propos de ces Christs sont également présentes dans le Christ au sépulcre de Maître Arnt à l’église Saint-Nicolas de Kalkar. D’autres indices montreront qu’une influence de ce dernier sur le maître principal du groupe d’Elsloo est à envisager. Au-delà des nombreuses similitudes anatomiques qui rapprochent ces quatre Christs, plusieurs différences sont significatives quant à l’évolution de la conception de l’image et à sa mise en œuvre par le groupe d’Elsloo. Il apparaît que celle-ci tend progressivement à une plus grande expressivité et aussi à une économie des moyens de réalisation. Ainsi, la caractérisation de la douleur du Christ, qui sera marquée par la ligne rigide des arcades sourcilières, la bouche ouverte découvrant les dents, et les plissements de la peau, sera encore­ renforcée (cf. Beek, fig. 6.5b), principalement en modifiant les plis des chairs autour des yeux, en transformant la ligne des arcades sourcilières en accolade tendue et en ouvrant davantage la bouche. D’abord mi-clos, les yeux s’entrou- vrent pour libérer le globe oculaire, et donc l’expression du re gard 3 , ce qui modifie aussi le type iconographique du Christ, lequel passe du trépas à l’ultime expiration. De plus, le rendu de la douleur s’intensifie aussi par la lourdeur des paupières qui s’amplifie et par l’ajout des rides autour des yeux. Depuis les ridules en patte d’oie des yeux du Christ d’Ellikom (fig. 6.2b) jusqu’aux larges cernes sous les yeux, qui forment même des poches dans le Christ de Beek, c’est la ­souffrance de la figure christique qui se trouve ­ fortement exacerbée. Enfin, la double cupule marquant le creusement des joues, comme le sillon mentolabial, témoigne également avec éloquence de la transformation progressive des procédés de stylisation mis en place à des fins expressives. L’économie des moyens développée au fur et à mesure du temps est encore perceptible dans la conception du système pileux qui connaît lui aussi des variations, parmi les plus significatives de cette évolution. La chevelure du Christ d’Ellikom est organisée en longues et minces mèches libres, indépen- dantes et ondulées, qui tombent sur les épaules et s’emmêlent doucement, en se tordant très légèrement et en s’enroulant selon un rythme erratique et très varié. Aux extrémités des mèches, la torsion s’accentue pour former des crochets. Il est possible que le traitement très naturaliste des cheveux dans lequel l’artiste montre sa dextérité à dégager les formes de la matière témoigne d’une tradition rhénane de têtes échevelées remontant aux Christs de Nicolas Gerhaert de Leyde ; les plus connus étant ceux de Baden-Baden et de Nörd­lin gen 4 . M ais poursuivons l’analyse : dans les longues mèches tombant sur les épaules du Christ de Liège (fig. 6.3b), la torsion s’accentue et les mèches se resserrent, tandis que dans celles du Christ de Meeuwen (fig. 6.4b) l’ondu- lation a entièrement laissé la place à la torsion avec des rouleaux organisés en séquences et des volumes à peu près équivalents puisqu’ils sont composés pour la plupart de quatre à six brins. Enfin, dans le Christ de Beek, l’artiste a nette- ment ­différencié la composition et le traitement des deux grosses mèches qui retombent sur le buste puisque celle de gauche repose sur l’avant de l’épaule et

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