A Masterly Hand / Scientia Artis 9

127 Michel Lefftz 6 126 s’organise en une torsion qui se déploie en crescendo jusqu’à la boucle ­terminale, alors que la mèche de droite glisse dans la nuque et s’ordonne en courts ­ rouleaux, constitués de trois ou quatre brins dont l’amplitude va décrescendo. On observera aussi que ces modifications dans la composition de la chevelure du Christ de Beek renforcent le contraste entre les deux côtés de la tête et aug- mentent l’impression de mouvement rotatoire. Cette recherche de dynamisme dans la composition apparaît d’ailleurs comme l’une des composantes essen- tielles de l’évolution du style du Maître d’Elsloo, car elle caractérise ses œuvres de maturité. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les changements de conception du périzonium du Christ d’Ellikom et de celui de Beek. En effet, si la composition générale y est identique, le mouvement de l’étoffe agitée par le vent témoigne d’une nouvelle manière d’envisager les formes et leur rapport à la nature. L’atténuation du plissement du pan d’étoffe qui retombe sur le flanc droit du Christ de Beek et sa mise en mouvement créent un contraste fort avec le reste du tissu enroulé autour des hanches. Ainsi, sans grands changements dans la mise en œuvre, et même en réduisant le travail de façonnage, le Maître d’Elsloo obtient un accroissement d’expressivité de l’image. Il s’agit là d’une preuve évidente de la maturité atteinte par le sculpteur. Les œuvres qui suivront s’inspireront pour la plupart des procédés mis au point durant cette période de grande créativité. À ces quatre Christs en croix d’Ellikom, de Liège, de Meeuwen et de Beek, nous pouvons en ajouter six autres : ceux d’Eksel (fig. 6.7), d’Ittervoort ( fig. 6.8), de Koslar (fig. 6.9), d’Hinsbeck (fig. 6.10), de Breyell (fig. 6.11) et de Gangelt (fig. 6.12). Si d’une manière générale, la posture, la composition et le traitement du périzonium sont très semblables à ce qui a déjà été étudié sur les quatre Christs précédents, des variantes anatomiques significatives témoignent, pour trois d’entre eux (Eksel, Ittervoort et Koslar), d’une phase de production antérieure au Christ d’Ellikom. Quant aux autres (Hinsbeck, Breyell et ­ Gangelt), leur insertion au sein du groupe initial en confirme précisément la cohérence stylistique. Nous avions déjà présenté au colloque les spécificités d’une série de figures, principalement féminines, appartenant au groupe d’Elsloo, dans le traitement particulier des yeux : petits, rapprochés et globu- leux. Le Christ d’Eksel (fig. 6.7b) se caractérise également par la petitesse des yeux globuleux et leur position rapprochées. S’ils sont clos comme à Ellikom, on notera cependant la gouttière formée par la jonction des paupières qui ­ souligne la courbure sphérique des globes oculaires. Ces traits physionomiques se retrouvent avec de légères variantes à Ittervoort (fig. 6.8b) et à Koslar ( fig. 6.9b). Si l’on excepte la rangée de dents inférieure sculptée uniquement dans le Christ d’Ittervoort, les différences les plus significatives entre ces trois têtes concernent la forme des arcades sourcilières et sus-orbitaires, ainsi que le traitement des cheveux. C’est dans le Christ d’Eksel que la cambrure des arcades sourcilières est la plus accentuée. Elles sont de plus disposées en V et le plan de l’arcade sus-orbitaire, presque perpendiculaire au plan du front à la racine du nez, se redresse fortement vers les tempes. Ce changement d’orienta- tion est nettement moins marqué dans le Christ de Koslar et presque imper- ceptible dans celui d’Ittervoort comme à Ellikom d’ailleurs si ce n’est que ce raidissement s’accompagne d’un abandon radical de la disposition des arcades

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