A Masterly Hand / Scientia Artis 9

125 Michel Lefftz 6 124 6.5 c 6.5 b 6.5 a d’Elsloo et d’en exclure les autres, mais aussi d’organiser la production du sculpteur principal – le maître – et de son atelier selon une chronologie relative. La reprise d’un thème identique par un artiste est naturellement propice à l’évaluation de sa créativité et à l’étude des variations de son style. Le groupe d’Elsloo comporte une série significative d’au moins dix Christs en croix aux- quels se trouvent fort heureusement associées plusieurs fois les figures de la Vierge et de saint Jean. Ce thème du calvaire s’avère donc parfaitement adéquat pour vérifier si les similitudes morphologiques entre les différents groupes sont suffisamment significatives et autorisent à les considérer comme la production d’un seul maître et de son atelier et même, le cas échéant, tenter d’en circons- crire les grandes tendances stylistiques, voire l’évolution. On éprouvera ensuite la validité des conclusions en s’efforçant de les étendre à d’autres figures rassem- blées dans le groupe d’Elsloo. Conformément au thème du colloque, nous commencerons par retenir ici quatre Christs pour commencer l’analyse stylis- tique. Il s’agit de ceux d’Ellikom (fig. 6.2), de Liège (cathédrale Saint-Paul, trésor, fig. 6.3), de Meeuwen (fig. 6.4) et de Beek (fig. 6.1, 6.5). Il sera bien entendu tenu compte dans les comparaisons morphologiques de l’état de conservation très variable selon les exemplaires. La composition et les proportions du corps sont presque identiques pour les quatre sculptures ; les principales différences concernent la composition du périzonium pour lequel deux types sont utilisés. Dans l’un, le sculpteur a drapé l’étoffe en disposant le pan de tissu autour des hanches et l’a noué sur le côté ( Ellikom et Beek, fig. 6.2c et 6.5c) ; dans l’autre, la pièce d’étoffe ceint les hanches puis est repassée par dessus avant d’être serrée (Liège et Meeuwen, fig. 6.3c et 6.4c). Le seul périzonium qui soit animé par un coup de vent est celui du Christ de Beek. On observera que pour plisser ses drapés, le Maître d’Elsloo utilise exclusivement des plis en pince à bec. Le rythme est rapide, car les plis sont serrés et ils émergent de manière abrupte par rapport au plan. Ce traitement de l’étoffe rappelle la manière de Maître Arnt de Kalkar, par exemple dans le Christ au sépulcre de l’église Saint-Nicolas à Kalkar (fig. 6.6). La douleur physique et morale du Christ cloué sur la croix est traduite par l’expressivité de la composition et celle de l’anatomie dont les traits principaux sont presque identiques : les corps sont très longs et maigres, l’ossature de la cage thoracique saillante est particulièrement soulignée, les bras en position presque horizontale et les jambes légèrement fléchies sont très marqués par les tendons et les veines saillants. La traction du corps sur le clou des pieds est puissamment accentuée par le bourrelet de chair en U inversé qui se prolonge jusqu’aux orteils. Ces traits anatomiques rendent plus tangible la tension dou- loureuse dont on retrouve également des signes dans les plis de l’abdomen, de l’aine, et du nombril. Dans les grandes lignes, le traitement anatomique des visages, comme l’expression, témoigne également de similitudes significatives : sourcils fortement froncés, changement abrupt de plan entre le front et la cavité orbitale, grands yeux oblongs au volume légèrement bombé longitudinalement, arcades sourcilières peu arquées (échancrure sus-orbitaire presque horizontale ou légèrement tombante du côté de la glabelle, plus tombante vers les tempes), long nez fin dont l’arrondi des ailes est doublé d’un ourlet dermique en S, Fig. 6.5a-c Christ, Beek, église Saint-Martin

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