A Masterly Hand / Scientia Artis 9
2. Les glacis et les pigments organiques Les couches transparentes ou translucides à base d’huile, appelées glacis, font partie intégrante des techniques de peinture et de polychromie des xv e et xvi e siècles dans les Pays-Bas méridionaux et la principauté de Liège. Ils sont utilisés pour le glaçage des feuilles métalliques ou pour le glaçage et l’ombrage des couches opaques. Dans la composition des glacis entrent surtout des pigments organiques rouges, mais aussi des pigments inorganiques ayant un faible indice de réfraction, tels que l’azurite, l’ultramarine, le vert-de-gris, etc. 31 . Les couches de glacis sont souvent couvertes d’une fine couche de vernis résineux, dont la fonction supposée est d’augmenter et d’égaliser la brillance de la surface. Dans notre étude, seul le glacis rouge de la gueule du dragon de Saint Quirin est couvert d’une telle couche. Dragon de Saint Quirin – glacis sur argent La polychromie de ce dragon est un bel exemple des couleurs vives obtenues soit avec la technique de glaçage de la feuille d’argent, soit par ombrage progressif avec un glacis vert appliqué sur une sous-couche. Des glacis de couleurs vives et lumineuses ont ainsi été retrouvés dans les trois zones argen- tées de ce dragon : d’une part, l’intérieur de sa gueule, rouge foncé, composé de laque de garance avec un peu de vermillon, d’autre part, les griffes, d’un bleu métallique obtenu par l’indigo et le blanc de plomb, et, enfin, le collier vert glacé avec un vert au cuivre. Le reste du corps du dragon n’est pas argenté, mais peint en vert dégradé, obtenu également avec une technique de superposition de glacis vert au cuivre sur une sous-couche opaque grise com- posée de blanc de plomb, de noir de charbon et de minium. Ce glacis vert – probablement du vert-de-gris – trouvé sur le collier contient, mis à part le vert au cuivre, une quantité relativement importante de carbonate de calcium et un peu de blanc de plomb. Ce dernier a sans doute été ajouté pour diluer le vert et le rendre plus clair. La proportion élevée de carbonate de calcium peut avoir plusieurs raisons : soit il provient du substrat de la laque jaune ajoutée pour accentuer sa couleur verte, soit le vert-de-gris a été adul- téré par la craie. Le vert-de-gris était un pigment dit « demi-prix », de même que le vermil lon 32 , et sa composition n’est pas très précise. Le plus souvent on considère que c’est un acétate de cuivre, dont il existe une grande variété susceptible de contenir également d’autres produits issus de la corrosion du cuivre tels que les carbonates, les sulfates et/ou les chlorures de cu ivre 33 . Ce pigment interagit avec le liant, donnant des produits difficiles, voire impossibles à identifier. Dans la couleur bleue des griffes du dragon, l’indigo est mélangé avec du blanc de plomb. L’indigo est un pigment organique préparé à partir d’une plante, soit l’indigotier des Indes ( Indigofera tinctoria L.), soit le pastel ( Isatis tinctoria L.), option la plus probable dans ce cas-ci. Le pastel, d’origine européenne, aussi appelé « guède », est cultivé plus particulièrement dans la Hesbaye et la principauté de Li ège 34 . L a stabilité de ce pigment varie et dépend de la présence d’impuretés, elle-même influencée par la technologie de fabrication du pigment.
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