A Masterly Hand / Scientia Artis 9

185 184 *   Chimiste, Institut royal du Patrimoine artistique, Bruxelles. **  Assistant de laboratoire, Institut royal du Patrimoine artistique, Bruxelles. 9 La polychromie de quelques sculptures du groupe d’Elsloo Jana Sanyova * et Cécile Glaude ** Introduction Les analyses menées au laboratoire de l’IRPA dans le cadre du projet L’œuvre du Maître d’Elsloo (sculpteur de la fin du Moyen Âge) dans les collections belges : recherche d’ histoire de l’art et étude technique et matérielle dans une perspective internationale avaient pour principal objectif la caractérisation des matériaux et des techniques des polychromies des sculptures « gothicisantes » du groupe d’Elsloo et leur interprétation dans le contexte historique et technique des xv e et xvi e siècles. La position exacte de ce centre de production n’est pas connue, mais il devait vraisemblablement se situer dans le champ de réparti- tion actuel des statues, c’est-à-dire à proximité de la Meuse dans la province actuelle du Limbourg, tant côté belge que néerlandais, ainsi que sur le territoire allemand frontalier : une position qui laisse présumer aisément des lieux divers desquels pouvaient être issus les sculpteurs de ce groupe et leurs fournisseurs de matériaux. Dans ce contexte, l’identification des matériaux utilisés pour décorer les statues du groupe et leur comparaison avec ceux que l’on retrouve régulièrement à la même époque dans les Pays-Bas méridionaux, la principauté de Li ège 1 et , dans certains cas, dans les régions alleman des 2 ét aient ­ particulièrement intéressantes. L’utilisation de matériaux artistiques coûteux, tels que l’or, l’azurite ou la laque de kermès – par opposition à des matériaux meilleur marché, tels que l’argent, l’or parti ou les laques de bois de brésil –, a été, aux xv e et xvi e siècles, strictement règlementée par les guildes de nom- breuses villes nord-européennes. À Anvers, Tournai, Cologne, Hambourg, Lübeck ou Munich, par exemple, l’emploi de matériaux onéreux était limité aux travaux de haute qualité tels que les retables ou sculptures pour églises ; d’autres règlements permettaient par contre l’utilisation de ces matériaux pour les décorations d’objets plus éphém ères 3 . L’analyse des polychromies des sculptures du groupe d’Elsloo peut ainsi faire progresser l’étude du fonctionnement des ateliers des xv e et xvi e siècles. Malheureusement, étant donné que la plupart des sculptures ont été décapées et/ou repeintes, seules sept sculptures polychromées ont pu être analysées au laboratoire, dont une seule sur laquelle la polychromie originale était encore visible (fig. 9.1). Les résultats obtenus ne peuvent donc pas être considérés comme représentatifs pour l’ensemble des œuvres du groupe. Néanmoins, les informations obtenues et leur comparaison avec les matériaux des artistes des Fig. 9.1 Vierge au croissant, Liège, église Saint-Jacques, détail

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