A Masterly Hand / Scientia Artis 9
sourcilières en V au profit de leur alignement, presque perpendiculaire à l’axe du nez. Le traitement charnu des joues du Christ d’Eksel se distinguant nettement des joues creusées et des pommettes hautes des Christs d’Ittervoort et de Koslar plaide en faveur d’une situation chronologique dans la série initiale des Christs du Maître d’Elsloo. La barbe fournie et la chevelure épaisse pour- raient constituer un argument supplémentaire pour justifier la précocité du Christ d’Eksel. Quant au traitement de la chevelure de ce dernier, il est à rapprocher de celui de la Vierge de l’Apocalypse de l’église Saint-Jacques à Liège (fig. 6.25). D’autres rapprochements peuvent être établis entre le Calvaire d’Eksel et la Vierge de Liège, puisque le traitement des cheveux du Saint Jean d’Eksel présente des formulations très semblables à celles de la chevelure de l’Enfant Jésus liégeois. Avec ses yeux entrouverts comme ceux du Christ de Liège, ses rides en patte d’oie aux coins des yeux et sa maigre chevelure formée de mèches multibrins, le Christ d’Hinsbeck (fig. 6.10b) peut logiquement s’insérer chronologiquement entre celui d’Ellikom et celui de Liège. Les pau- pières couturées de ces deux Christs rappellent le Christ au sépulcre de Maître Arnt à l’église Saint-Nicolas de Kalkar. Finalement, c’est dans la conception du long pan retombant du périzonium que les différences sont les plus marquées entre le Christ d’Hinsbeck (fig. 6.10c) et les deux autres, puisqu’un jeu lent et un peu monotone des méandres y organise la chute latérale. Par le moelleux et l’agitation de son drapé (fig. 6.11c), les grands yeux entourés de rides, les pau- pières lourdes et le traitement puissant et stylisé des mèches de cheveux ani- mées d’épaisses boucles spiralées (fig. 6.11b), le Christ de Breyell doit se placer après celui de Beek. Quant au Christ de Gangelt, avec son drapé animé par un coup de vent (fig. 6.12c), sa composition plus sophistiquée que celle du périzo- nium du Christ de Breyell et le traitement de ses cheveux en lourdes mèches torsadées (fig. 6.12b), il devrait logiquement être aussi situé après celui de Beek, mais avant celui de Breyell. Les transformations stylistiques observées dans les Christs du groupe d’Elsloo, alliant une intensification de l’expression des figures à une réduc- tion du travail de mise en œuvre s’observent également dans les autres protagonistes représentés dans les calvaires : la Vierge et saint Jean. Quatre calvaires peuvent être convoqués ici pour servir à l’analyse ; les résultats ser- viront à constituer un cadre dans lequel pourront ensuite s’insérer les figures isolées. Nous l’avons vu, le Christ d’Eksel doit très probablement être placé au début de la série. Les deux figures qui l’accompagnent se situent donc très logiquement également parmi les premières œuvres du groupe d’Elsloo. Cependant, comme la figure féminine qui fait pendant au Saint Jean d’Eksel présente d’autres caractéristiques, on ne pourra malheureusement pas en tirer pleinement parti pour l’étude comparative des Vierges de calvaire. Par contre, nous pouvons confronter avec profit les Saints Jean d’Eksel (fig. 6.13), d’Ellikom (fig. 6.14), de Beek (fig. 6.15) et de Gangelt (fig. 6.16) afin d’esquis- ser les grandes phases de l’évolution stylistique du Maître d’Elsloo et de son atelier, ce qui nécessite préalablement d’accepter l’idée que les transforma- tions progressives dans la conception et la réalisation des œuvres témoignent de la continuité de la production. 6.13 6.14 Fig. 6.13 Saint Jean l’Évangéliste, Eksel, église Saint-Trond Fig. 6.14 Saint Jean l’Évangéliste, Ellikom, église Saintes-Herlinde-et-Relinde
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