A Masterly Hand / Scientia Artis 9

299 Michel Lefftz 16 298 16.20 16.21 proportions de l’évêque, dont la hauteur est encore augmentée par la haute mitre, confèrent à la figure un élégant élancement. Si le décentrement du cou sur le buste, les épaules tombantes, la rotation de la tête inclinée et l’agence- ment contrasté des gestes des membres supérieurs produisant une sensation de saccade, voire de torsion dans l’enchaînement des différentes parties du corps, sont caractéristiques du style de Maître Balthazar, il se pourrait aussi que l’allongement des proportions du corps, l’accentuation de l’onctuosité de l’étoffe et la position sophistiquée des doigts correspondent à une phase avancée de sa production. D’emblée, les proportions et la scansion saccadée du corps de la statue de saint Fiacre à l’église Saint-Martin de Vyle-et-Tharoul (fig. 16.18) font songer à la statue de saint Jean du Calvaire de Liège. Pas étonnant dès lors que l’on ait pu hésiter à l’attribuer au milieu mosan ou bien d’Allemagne du sud 15 . S i le Saint Fiacre est moins détaillé, il est aussi moitié moins grand que le Saint Jean de Liège et cela n’empêche pourtant pas Maître Balthazar d’y mettre en œuvre quelques-uns des meilleurs procédés de cette sculpture de tout premier plan. La maîtrise de l’artiste se remarque notamment dans la composition où l’incli- naison de la tête dépasse légèrement l’axe formé par le prolongement du manche de la bêche, lequel traverse au passage la main droite. L’animation de la drape- rie souligne la posture de la figure en contrapposto , par le dégagement du buste qui s’oppose à l’accumulation de l’étoffe dans le tiers médian de la figure. Comme dans la Vierge du Calvaire de Liège, l’artiste resserre le bas de la com- position en étalant l’étoffe de l’extrémité des vêtements sur la terrasse. Ce pro- cédé accentue l’impression de souplesse des figures, mais permet aussi de mettre en évidence le petit drapé volant qui s’échappe à hauteur du mollet. L’aspect sévère du saint était sans doute légèrement atténué avant la destruction d’une partie des boucles qui entouraient son long visage émacié. Balthazar affectionne tout particulièrement les jeux de contrastes dans le drapé et le plis- sement. Ainsi le large mouvement courbe que forme la rive du manteau autour de la main gauche se prolonge-t-il dans un jeu de larges méandres dont plu- sieurs s’enroulent en cornets. Cet ondoiement s’oppose au réseau des plis brisés en becs et en polygones qui forment une séquence sur le côté droit de la figure. Enfin, on observera le rabat formé par le manteau sur l’avant-bras droit, lequel souligne avec insistance le geste de saint Fiacre qui porte la main au cœur. Dans les statues de saint Jean et de la Vierge de calvaire du trésor de la collé- giale de Huy (fig. 16.19), l’ondoiement de la rive des rabats du manteau est mis en contraste avec le plissement moulant des membres inférieurs. À la différence de la Vierge du Calvaire de Liège, la douleur s’exprime ici par un repli sur elle- même : les poignets sont croisés et la tête fortement baissée. Quant à Saint Jean, le contrapposto de la posture est non seulement très marqué, mais sert égale- ment de support à un jeu d’oppositions des parties du corps afin d’en accentuer la mobilité. La forme fuselée des silhouettes et le petit drapé volant ou s’étalant sur la terrasse sont communs avec le Saint Fiacre de Vyle-et-Tharoul. La for- mule des poignets croisés choisie ici pour la Vierge de calvaire résulte très probablement d’une influence rhénane, car, dans nos régions, c’est surtout le Fig. 16.20 Maître Balthazar, Vierge et Saint Jean l’Évangéliste, chêne, vers 1530-1540, Les Waleffes, chapelle du Calvaire (œuvres volées) Fig. 16.21 Maître Balthazar, Vierge et Saint Jean l’Évangéliste, chêne, vers 1530-1540, Oteppe, chapelle du Crucifix (œuvres volées)

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