A Masterly Hand / Scientia Artis 9

289 288 *  Professeur, Université de Namur. 16 Maître Balthazar (Baltus de Ryckel[le] ?), un contemporain du Maître d’Elsloo à Liège : un inventaire provisoire Michel Lefftz* À la fin du Moyen Âge, la production de sculptures en région mosane reste abondante. Les œuvres en bois, les plus nombreuses qui soient parvenues jusqu’à nous, ont fait l’objet de diverses propositions de regroupements stylis- tiquement cohérents. Ceux-ci démontrent que plusieurs foyers ont réussi à se démarquer de la production des grands centres dominants du Bra bant 1 . Il s’agit cependant presque toujours de groupes anonymes désignés par des appellations de convention, car les découvertes de noms de sculpteurs dans les archives restent peu courantes, et il est plus rare encore d’avoir l’opportunité d’associer un nom de sculpteur avec sa production. C’est fort heureusement le cas de Maître Balthazar, sculpteur probablement installé en région liégeoise et ­ vraisemblablement originaire du Bas-Rhin ou de la Gueldre. C’est en effet lui qui fut payé 12 florins pour tailler en bois le Calvaire de l’église de Saint-­ Séverin-en-Condroz en 1532. Ce compte aurait sans doute été négligé par les érudits du xix e siècle et du début du siècle suivant, si l’année même de la décou- verte (1912), on n’avait reconnu dans le peintre payé 20 florins pour la poly­ chromie de ce Calvaire – un certain «mre Lambert poinctre du pallaix de monsg. Le Rme Cardinal de Liège » – le célèbre Liégeois Lambert Lom bard 2 . Quelques années plus tôt, J. Halkin avait déjà compris tout l’intérêt de ce ­ carnet de comptes qui couvre les années 1530 à 1535, car le rédacteur,­ également prieur de l’église, était l’insigne Philippe de la Marck, archidiacre de Brabant et chanoine de l’église Saint-Lambert à L iège 3 . J. Breuer a cru pou- voir identifier le sculpteur cité avec Baltus de Ryckel(le) ; la piste mériterait certainement d’être poursu ivie 4 . Bien qu’empâté par plusieurs couches de polychromies, le Christ en croix de l’église de Saint-Séverin-en-Condroz témoigne encore des qualités artistiques de son auteur (fig. 16.1). C’est Jésus expirant qui a été représenté ici par le sculp- teur : les yeux sont mi-clos et la bouche entrouverte. La tension exercée par le poids du corps suspendu à la croix se marque particulièrement dans les bras tendus, le fléchissement des jambes vers l’avant, la musculature et les tendons qui saillent sous la peau, le bas du thorax qui rentre sous les côtes. Le périzo- nium enroulé autour des hanches par l’arrière enserre les cuisses puis passe

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