A Masterly Hand / Scientia Artis 9

123 122 *  Professeur, Université de Namur. 6 Réflexions méthodologiques et contribution à la caractérisation morphologique des sculptures du groupe d’Elsloo Michel Lefftz * La catégorisation des œuvres d’art par l’étude du style constitue une aventure passionnante, mais dont les résultats hypothétiques sont nécessairement en perpétuel deve nir 1 . Le système conceptuel que l’on met en place aujourd’hui et qui satisfait notre appétit taxinomique sera très probablement remis en cause demain. Une lucidité salutaire repose sur la conscience de la relativité des conclusions auxquelles nous parvenons ; celles-ci ne se réduisent-elles pas fina- lement à de commodes hypothèses de travail avant tout destinées à améliorer notre compréhension des œuvres par le biais de la connaissance des milieux d’élaboration, ou mieux, celle des foyers artistiques comme l’on préfère dire aujourd’hui. Il est pourtant incontestable que, dans l’étude de la sculpture médiévale, le chercheur se retrouve finalement souvent réduit à l’analyse du style pour organiser un corpus d’œuvres, les sources externes étant rares, voire inexistantes. C’est précisément ce type de cas qui nous occupe ici. On s’effor- cera donc de proposer des clefs destinées à faciliter l’organisation des quelque deux cents œuvres rassemblées sous l’appellation « groupe d’Elsl oo » 2 . C es clefs reposent uniquement sur des critères internes aux œuvres et plus précisément sur les caractéristiques morphologiques des sculptures conservées. Une carac- térisation fine des sculptures retenues, envisagée selon la composition, l’anato- mie et le drapé, constitue le socle indispensable à la formulation d’une propo- sition d’évolution du style du maître et de son atelier. La détermination de ces clefs ainsi que leurs interprétations reposent bien évidemment sur des modèles hypothétiques qui tentent d’expliquer le fonctionnement des ateliers de la fin du Moyen Âge et les processus de réalisation des œuvres. Il est essentiel de rappeler que tous ces critères de classement – les clefs – n’ayant pas valeur égale et pouvant être utilisés selon des logiques diverses, les conclusions auxquelles on aboutira peuvent varier, voire même aboutir à des résultats contradictoires. Dans le cas présent, l’abondance de la production regroupée autour de la Sainte Anne Trinitaire d’Elsloo, celle qui a donné son nom au groupe, constitue un avantage indéniable, car l’argument quantitatif vient logiquement renforcer le faisceau de présomption des attributions. Les critères de classification élaborés à partir de la caractérisation des œuvres permettent non seulement de distin- guer les œuvres que l’on propose de grouper autour de la Sainte Anne Trinitaire Fig. 6.1 Christ, Beek, église Saint-Martin, détail

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