Peintre, dessinateur, aquafortiste, lithographe
puis photographe Ghémar est un homme aux multiples talents[1].
Élève à l'Académie de Ath, puis de Paul Lauters à Bruxelles.
Un portrait du Comte Fernand Visart est signé
"L. Ghémar, 1836".
Il est possible qu'à partir de 1838, il ait
réalisé des charges lithographiques dans l'édition belge du Charivari, éditée par Slaes. Le premier portrait-charge qui puisse lui
être attribué avec certitude est publié dans Le Charivari belge du 12
avril 1839. La légende montre qu'il est déjà un dessinateur expérimenté :
Nous
publions aujourd'hui une nouvelle charge qui fait entrer notre série dans une
nouvelle voie. Comme les précédentes, celle-ci est due au spirituel [et] facile
crayon de M. Ghémar, l'habile dessinateur […]
Les débauches de Mr.
Ghémar ne dépareraient certainement pas les recueils français les plus en
vogue, et nous constatons avec plaisir cette tendance à la satire artistique
chez un de nos plus jeunes dessinateurs. Du reste, aussi modeste que déjà
habile, Mr. Ghémar nous en voudra beaucoup de ces lignes écrites à propos de
lui, car c'est à son insu que, pour la première fois, nous attachons son nom à
son œuvre.
En 1838, il livre des planches pour un album
édité par Joseph Buffa, Album pittoresque de Bruges.
1er février 1840.
Il y a deux ans que parut l'Album pittoresque
de Bruges, publié par
M. Buffa, avec un texte de M. Delepierre, et cet ouvrage, quoique couronné d'un
grand succès, laissait beaucoup à désirer sous le rapport de l'exécution de
certaines planches.
M. Buffa s'étant associé avec M. Bogaert
Dumortier, pour la publication d'une seconde partie, et à M. Delepierre, pour
les recherches historiques du texte, a amélioré sous tous les rapports la
première pensée de ce bel ouvrage.
Contrairement à presque toutes les publications
par livraisons, celle-ci est de beaucoup supérieure à ce qui a déjà paru.
La 5e livraison, que ces messieurs
vont sous peu de jours livrer au public, se compose de cinq planches. La Vierge
de Michel-Ange, de l'église de Notre-Dame ; le tableau de Van Eyck, de
l'académie des beaux-arts à Bruges ; la portail gothique de l'église de
Notre-Dame ; une vue du pont et de l'une des anciennes portes d'entrée du
Bourg, et enfin la belle chapelle de St-Basile.
De ces cinq planches, celle qui frappe le plus
est le tableau de Van Eyck, représentant la Vierge et l'enfant Jésus ; la
figure vénérable et si difficile à copier de l'archevêque de Pala, agenouillé
devant la Vierge, l'armure resplendissante de St-Georges, sont représentés avec
une exactitude et un art vraiment admirables. C'est la première fois que ce
tableau a été copié, et la pureté de l'exécution fait honneur à M. L. Ghémar,
qui a montré en cette occasion un talent supérieur à tout ce qui a paru de lui
jusqu'à ce jour.
Le dessin sur pierre de la belle statue de
Miche-Ange, dans l'église de Notre-Dame, a été confié à M. Manche [...] Les trois autres planches, dessinés
par MM. Ghémar et Manche, offrent la même perfection.
L'impression de ce charmant ouvrage est confiée
à M. P. Degobert, qui est, à juste titre, le premier imprimeur lithographe de
la Belgique (Journal de
Bruges,
1er février 1840).
Vers 1835-1839 selon Michel Grommen, il dessine
Eglise St-Jacques. St James’ Church (25,7 x 20,8 cm), édité par D.
Avanzo, Bruxelles.
Il participe à Album
des principales vues et monuments de la ville de Gand, dessinés et
lithographiés par les meilleurs artistes, Gand, s.d., édité par J. B.
Avanzo & Cie. Un exemplaire de cet ouvrage figurait à la vente
du libraire bruxellois Godts, le 13 décembre 2003, cat. 594, avec comme
description : Titre sur fin carton
porcelaine, plan gravé de Gand, 28 lithographie en noir sur fond teinté (dont 3
doubles pages et 1 dépliante) par Borremans, Stroobant, Ghémar, Vermeersch et 2
planches gravées reprenant le retable de l'Agneau mystique de Van Eyck à la
cathédrale Saint-Bavon.
En 1840, il dessine Liège. Hôtel de Ville. The town Hall, imprimé par Degobert,
diffusée par D. Avanzo et Cie. Il lithographie aussi Cathédrale
Saint-Paul et Salle de Spectacle [titre français-anglais], également
imprimées par Pierre Degobert. Autres sujets liégeois : Intérieur du Palais
de Justice, Vue du Quai de la Batte, Façade du passage Lemonnier,
prise de la rue de l'Université, et Salle de spectacle (Théâtre royal) imprimées
par P. Degobert et éditée par D. Avanzo et Cie.
En 1841, il livre les planches 1 et 6 de La
Renaissance, La Curieuse et Intérieur de la Porte de Hal.
Il copie en lithographie la toile de Madou Le
Croquis, appelée aussi Le passe-temps de l'artiste à l'auberge, qui
figurait au Salon de 1842 (Hymans,
p. 441 et Guislain, p. 171).
Avec Lauters, il travaille pour La Belgique monumentale, artistique et
pittoresque (différentes publicités en janvier et décembre 1843 dans L'Écho de Bruxelles). Cet ouvrage
illustré de sept lithographies sera publié par Jamar et Hen en 1844, avec des
textes de Moke, Victor Joly, Gens, Théodore Juste.
Il collabore aussi au Musée belge :
Musée Belge
40 ct la livraison / 1 livraison par semaine / œuvres d'art Le grand catéchisme
de Malines, illustré par [...] Ghémar, publié par Alex Jamar / 150 gravures (L'Indépendance belge, publicité,
passim du 30 janvier au 1er mai 1844).
Il met sur pierre, entre 1844 et 1846, une
partie des esquisses de l'amateur Jacques-Antoine-Abraham Vasse (1800-1859),
notamment une lithographie du château de Bothey.
Illustre, avec Lauters, Stroobant, Vanderhecht,
Les délices de la Belgique, ou Description historique, pittoresque et
monumentale de ce royaume, d'Alphonse Wauters, publié par Froment en 1844,
qui contient 100 planches.
Puis Ghémar illustre avec Stroobant, élève de
Lauters, l'Album du salon de 1845, examen
critique de l'exposition, par J.A.L[uthereau]., peintre d'histoire et homme de
lettres, édité par la Société des
Beaux-Arts. En parallèle, il publie Promenade
charivarique au Salon de 1845.
Le 7e tome de La Renaissance,
1845-1846, p. 39, annonce :
L'Album des
Vues de Chimay, exécuté par M. Ghémar, a valu à cet artiste une honorable
distinction. Sa Majesté vient de commander à M. Ghémar un album de 12 sujets
représentant les principales vue de sa Propriété d'Ardennes. Nous sommes
heureux d'avoir à signaler des faits de cette nature. De la part de Sa Majesté,
c'est une royale habitude ; pour M. Ghémar c'est un encouragment mérité
par de laborieux et constants efforts.
Domaine royal à Ardennes sur la Lesse. Album
dédié à S.M. Léopold Ier, Bruxelles, Société des Beaux-Arts, 1846,
in-folio oblong, 2 titres, 9 planches, 40 fr.
Il s'établit ensuite à Anvers et s'y consacre
au portrait.
Une
association d'artistes, peintres, sculpteurs et graveurs, vient de se
constituer à Anvers dans le but de s'occuper des questions qui intéressent
l'art et les artistes. La première réunion a eu lieu vendredi. Après un exposé
de M. E. Sens sur l'objet de cette institution, on a procédé à la formation
d'un conseil d'administration. Les artistes qui ont réuni le plus grand nombre
de suffrages sont MM. Wappers, Leys, Dyckmans, J. Geefs, Verschaeren, E. B.
Sans, E. Slingeneyer, G. Buschmann, Verheyden et Ghémar. La prochaine séance
aura lieu vendredi. Le Président a annoncé à l'assemblée qu'il lui soumettrait
un travail sur la formation du jury de l'exposition nationale (L'Indépendance belge, 14 mai 1848).
En 1849, il s'expatrie en Écosse, où il gère un
établissement lithographique en association avec Schenk[2]
et Mac Farlane d'Edimbourg. Il illustre des œuvres de Walter Scott. Selon
Hymans (p. 442), il passe à Glasgow, à Aberdeen, semant partout des portraits de valeur discutables quoique très
recherchés.
Après son retour en Belgique fin 1854, il
collabore au Charivari belge sous le
pseudonyme Drollingson. Dans le numéro du 23 mai 1858, John Drollingson annonce
que M. Félicien Rops, abandonnant un moment le crayon du lithographe, a pris
l'ébauchoir du modeleur pour fonder [sic] la médaille de Waterloo.
Il collabore à la revue La Renaissance qui paraît jusqu'en 1854.
Dans un premier temps, il s'est fixé à Anvers
et fait de grands portraits lithographiés de notoriétés artistiques du temps
(Hymans) ; il commence sa carrière photographique en association avec
Robert Severin[3] et tient un
atelier photographique à Anvers, Rue Houblonnière, 1474, de 1854 à 1861. Ils y
réalisent des "Portraits à tout prix et de toute dimension". Selon
Hymans, Ghémar a été le premier en Belgique à faire servir ses photographies de
modèles à des portraits de grandeur naturelle dessinés aux deux crayons ou
lithographiés. Ils participent à l'exposition du Cercle Artistique et
littéraire à Anvers en août 1855.
En 1855, Ghémar envoie à l'exposition
universelle de Paris huit lithographies : quatre portraits d'artistes
contemporains et quatre autres portraits. Il est le seul lithographe belge
représenté.
Ghémar & Severin partent pour Bruxelles fin
janvier 1856, et l'atelier d'Anvers est remis au plus tard le 22 mars 1856. De
1856 à 1857 environ, Ghémar et Severin travaillent (Longue) Rue de Écuyer, 27
et sont "Photographes et daguerréotypeurs", et aussi marchand
d'Estampes[4].
Severin s'écrit aussi Severyns. "Longue Rue de l'Écuyer" en 1856.
Ghémar & Severin sont représentés avec Antoine Dewasme dans la
"Trinité photographique" de Félicien Rops (voir ce nom). La dernière
mention de leur association date du mois d'août 1857.
Son
portrait du Roi Léopold Ier, 1856, qui sert de base à une
lithographie qu'il exécute lui-même, est publiée par Simonau & Toovey.
En 1856, pour le 25e anniversaire du
règne de Léopold Ier, Ghémar livre des portraits lithographiés du
roi de grandeur naturelle. Il exécutera plus tard ceux de Léopold II, de la
reine Marie-Henriette, de la Comtesse de Flandre et d'autres membres de la
famille royale. Il lithographie aussi la reine Victoria d'Angleterre et le
prince et la princesse de Galles lors d'un séjour en Belgique.
Ghémar continue seul l'atelier après le départ
de Séverin. En 1858 ou 1859, il publie un album, L'oeuvre de Madou, 12 reproductions photographiques sur papier salé
de l'oeuvre du grand dessinateur belge. Une amitié profonde lie Ghémar au
photographe parisien Nadar : ils sont compagnons d'un voyage en Suisse en
1868 et correspondent pendant plusieurs années. Ils ont le même sens de la
farce et le même sens de la publicité. L'atelier Ghémar est le plus célèbre
atelier de portraits de Bruxelles durant les années 1860. Ghémar exploite au
maximum l'opportunité commerciale représentée par la CV.
En 1859, Ghémar publie Ostende photographié,
d'après les dessins de Gustave Gerlier, in-12° oblong, 43 planches
lithographiées[5].
En 1859, Louis-Joseph Ghémar s'associe avec son
demi-frère Léon Louis Auverleaux. La firme devient Ghémar Frères et conservera
le même nom de firme après le départ de Léon Louis. En 1862, Ghémar tire le
portrait des 80 personnalités du "banquet des Misérables" offert à
Victor Hugo. Il s'installe pendant quelques mois à Tournai, Rue Saint-Georges,
1 et photographie en juillet 1862 le château de la Chartreuse à Chercq. En
1863, vues de l'exposition des Beaux-Arts de Bruxelles. L’année suivante, comme
son concurrrent Jules Géruzet, il photographie l'envol à Bruxelles du ballon
"Le Géant" du photographe parisien Nadar. En 1865, il photographie
les funérailles du Roi Léopold Ier et publie un album de 14 vues
« redessinées » : il a réalilsé des photo-montages qu’il a
retouchés et rephotographiés. La même année, il édite un in-folio contenant 10
photographies à l'albumine reproduisant ses propres lithographies publiées en
1846 sous le titre Domaine royal à Ardennes sur la Lesse.
Vers 1865, il s'associe avec le photographe
niçois Ferret, installé Rue Gioffredo. À partir du 12 décembre 1868, il est
domicilié Rue du Persil, 6 (puis 4). L'annuaire Tarlier mentionne cette adresse en plus de celle de la Rue de
l'Écuyer, mais il n'existe aucune trace d'activité photographique à cet
endroit. Le dossier de cette maison aux Archives de la Ville de Bruxelles
(Travaux Publics, Rue du Persil, 4) montre qu'il souhaitait transformer une
partie de l'immeuble en salles d'exposition. Il y organise en effet des
expositions, à but satirique ou philanthropique.
Vers 1870, il publie les photos de la Senne
avant son voûtement, commandées par la Belgian Public Work Company.
Amateur d'art, il ouvre un magasin d'objets
d'art. Sa collection artistique fut dispersée par vente publique à Bruxelles,
le 9 avril 1877 et les jours suivants (419 numéros, dont 97 tableaux).
En 1866, une lithographie et trois
photographies de Ghémar illustrent Suys,
Léon, Arc de triomphe de Léopold Premier et temple de la renommée. Projet de
Monument national, Bruxelles, Ch. Lelong, in-folio cartonné[6].
Deux autoportraits lithographiés sont exposés à
Charleroi en 1911.
Annuaire : Tarlier, 1870 (marchand d'Estampes et
photographe).
Bibliographie : Van
Bastelaer, René, La lithographie wallonne et hennuyère dans Catalogue
général à la section des Beaux-Arts de l'exposition de Charleroi 1911,
Bruxelles, 1911, p. 436 et 440 ; Hymans,
Lithographie, p. 439, 441-442[7] ;
Dominique, Nos peintres lithographes dans La
Gazette, 4 octobre 1935 ; Le Cabinet des Estampes. Trente années
d'acquisitions. 1930-1960, cat. exp., Bruxelles, Bibliothèque Royale de
Belgique, 1961, p. 70 ; Abeels,
Gustave, Louis Ghémar. Een machtig
fotograaf, die tot de verbeelding spreekt en bewondering opwekt... dans Misset Foto Magazine, vol. 1, n°2, 1980,
p. 8-10 ; Vandevelde, Wilfried,
Louis Ghémar Frères dans Photohistorisch Tijdschrift, vol. 9,
1986, p. 14-18 ; de Sadeleer,
Pascal, Catalogue de la vente publique du 26 septembre 1987, Librairie
Simonson, Bruxelles, n° 281 (13 caricatures à l'aquarelle par Ghémar ;
avec notice biographique) ; Detry, Philippe-Edgard, Exemplaire unique composé il y a 120 ans :
l'album de la naissance du château de Marlagne dans Wépion 2000. Bulletin du
syndicat d'initiative et de tourisme de Wépion-sur-Meuse, 19/110, décembre, 1987, p. 138-145.Louis Ghémar 1819-1873, Photographe du Roi, Ypres, Stedelijk Museum,
1992 ; Zeebroek-Hollemans,
Jany, Ghémar Louis-Joseph dans DPB, t. 1, p. 477 ; Directory, p. 186-189. Nyst, Nathalie, Le domaine d’Ardenne,
dans Louise-Marie, élève de Redouté, et Léopold Ier en Ardenne
(Saint-Hubert en Ardenne, Art, Histoire, Folklore, t. 2, 1991, p.
63-68 ; Librairie Michel Lhomme, Liège, Cat. de vente publique, 13
mai 1995, n° 351 ; idem, 12 octobre 1996 n°510 ; idem,
27 mars 1999, n° 499 ; Claes, Marie-Christine & Rommelaere,
Catherine, L'album Ghémar des funérailles de Léopold Ier (1866) :
histoire de l'édition d'un reportage "photographique" dans Bulletin
de l'Institut royal du Patrimoine artistique, 31, 2004-2005 [2007], p.
159-204 ; Librairie
Michel Grommen,
Liège, Cat. vente 12 décembre 2009.
Webographie :
http://www.ulg.ac.be/wittert/fr/flori/opera/ghemar/ghemar_villes.html
Collections : Bruxelles, KBR, Estampes.
Expositions : Bruxelles, 1856 ; Bruxelles, 1857
(Ghémar et Severin) ; Bruxelles, 1861 ; Londres, 1862 ; Paris, 1867 ;
Bruxelles, 1880.
[1] Les journaux signalent ses prestations de chanteur amateur : Sur l'avis d'une Soirée privée, la Société philharmonique avait réuni, samedi soir, dans son beau local, de nombreux auditeurs. M. Laveigne, littérateur estimé, a dit, récité, déclamé tour à tour plusieurs morceaux de poésie.[...] Les honneurs de la soirée ont été partagés entre lui, MM. Altaviac, Vial et Ghémar, qui ont chanté avec le talent et le goût que chacun leur connaît. M. Ghémar est aussi original chanteur que dessinateur habile (L'Indépendant, 6 décembre 1842) ; Ghémar chante au concert de la Société d’harmonie, une délicieuse soirée (Le Courrier belge, 30 janvier 1844) ; l’annonce d'un concert de M. Moeser le 9 mars dans le théâtre de M. de Bériot signale : MM. Thessier, Riccio, Ghémar et le fameux guitariste Huerta prêteront aussi à cette soirée l'appui de leur talent (L'Indépendance belge, 25 février 1844).
[2] Hymans, p. 442 : erronément Scheuk.
[3] Severin serait alors âgé de 16 ans seulement, puisque le recensement bruxellois de 1856 (S f°55) le dit né en 1838.
[4] Le recensement bruxellois de 1856 donne comme professions : "artiste peintre" pour Ghémar et "artiste photographe" pour Severin. Ils ont alors trois servantes et une demoiselle de magasin.
[5] Un exemplaire est conservé à la Bibliothèque royale Albert Ier (cote II 63167).
[6] Information aimablement communiquée par Steven F. Joseph.
[7] Hymans, p. 442, donne la mention erronée il mourut à Paris en 1879.