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Biographie d'artiste

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VAN EYCK, Jan

Maaseik ?, vers 1390-1400 - Bruges, 1441
Peintre de compositions religieuses et profanes, et de portraits. La tradition qui situe à Maaseik, dans la région mosane, le lieu de naissance du peintre remonte à Lucas d'Heere (1559) et à Marcus Van Vaernewijck (1568). L'estimation de sa date de naissance se fonde sur des données biographiques plus tardives; quant à sa formation, on en ignore tout. Fin juin 1422, Van Eyck entre au service de Jean de Bavière, comte de Hollande et de Zélande, prince-évêque élu de Liège, en qualité de peintre de la cour et "varlet de chambre". Entouré de collaborateurs, il est actif au Binnenhof de La Haye mais on en est réduit aux conjectures pour ce qui concerne la nature exacte de ses prestations. Après la mort du prince-évêque, il entra au service de Philippe le Bon, le 19 mai 1425. Il lui fut régulièrement attribué une rente annuelle jusqu'à sa mort. C'est pourquoi les comptes de la cour ne mentionnent que des missions exceptionnelles. Il est fixé à Lille, centre administratif du duché, avant le 2 août 1425. Le 26 août 1426, le peintre est payé pour entreprendre, au nom du duc, un pèlerinage et un lointain voyage secret et, à nouveau, le 27 octobre de la même année pour "certains loingtains voyages secrez". En juillet et août 1427, il perçoit des rémunérations concernant, semble-t-il, une mission diplomatique à l'étranger. Ces données attestent que pendant les années 1426 et 1427, Van Eyck a fait, au moins, deux voyages lointains dont un pèlerinage. Il est possible que certains de ces paiements concernent aussi sa participation à une ambassade à Valence, en 1426. Il s'agissait de demander à Alphonse V d'Aragon la main de sa nièce Isabelle d'Urgel pour Philippe le Bon. La présence de Van Eyck y paraît vraisemblable si l'on considère l'intérêt que lui portera Alphonse V (il lui achètera des œuvres) et le fait que, de 1431 à 1436, le roi lui envoya Luis Dalmau, son peintre attitré, perfectionner en Flandre ses connaissances de la peinture à l'huile. Le "Retablo de los Concelleres" de Dalmau (vers 1445, Barcelone, Mus. de Arte de Cataluna) évoque indubitablement l'"Agneau mystique" (Gand, St-Baafskath.). Le 18 octobre 1427, Van Eyck, de retour aux Pays-Bas, est invité à un vin d'honneur par le magistrat de Tournai. Il est encore signalé à Tournai le 23 mars 1428. Les négociations de Valence ayant échoué, Philippe le Bon envoie une ambassade au Portugal pour demander l'infante Isabelle en mariage (19 octobre 1428 - 25 décembre 1429). Un rapport de l'époque confirme que Van Eyck en faisait partie. En janvier 1429, au château d'Aviz, il exécute deux portraits de la princesse que des courriers portent à Philippe le Bon, le 12 février, par voie de mer et de terre. Au cours de cette ambassade, Van Eyck a peut-être visité Saint-Jacques-de-Compostelle, la cour de Juan II à Valladolid et celle de Mohammed VIII à Grenade. La présence du peintre dans la péninsule ibérique contribua à y éveiller l'intérêt pour l'art flamand. En 1432, Van Eyck achète une maison à Bruges et, vers la même époque, il épouse une certaine Margaretha. Un enfant leur est né en 1434 et un autre, peut-être en 1435; le duc les gratifia chacun d'un cadeau. En 1434-1435, le magistrat de la ville de Bruges rétribue Van Eyck pour la polychromie de six statues et leur baldaquin à la façade de l'hôtel de ville. La visite que le magistrat avait faite le 17 juillet 1432 à son atelier concernait peut-être cette commande. En septembre 1434, il se produisit un incident administratif : la chambre des comptes de Lille refusa de payer Van Eyck; le 13 mars 1435, le duc intervint personnellement en faveur de son peintre. Le 20 août 1436, il est rémunéré pour "certains voyaiges loingtains es estranges marches". Il s'agit vraisemblablement d'une mission en terre non chrétienne, liée aux projets de croisade de Philippe le Bon. Il n'est pas à exclure que Van Eyck ait eu à faire des reconnaissances de voies et de territoires et à les porter sur une carte. Selon un compte pour des funérailles en l'église Saint-Donatien à Bruges, compte clôturé le 23 juin 1441, il est décédé peu avant cette date. En qualité de membre de la "familia" ducale, il fut inhumé dans le cloître avoisinant cette église; en 1442, à l'intervention de son frère Lambert, son tombeau fut transféré à l'intérieur de l'église. La pierre tombale au centre de laquelle étaient gravées les armes de la corporation des peintres disparut en 1800 lors de la destruction de l'église (cf. le dessin de P. De Molo vers 1785; Bruges, Stadsarchief, ms. 595). Une épitaphe en cuivre du début du XVIe siècle disparut pendant les guerres de religion. Une nouvelle épitaphe, en bois peint, fut apposée en 1768; elle disparut dès 1782. Lucas d'Heere et Marcus Van Vaernewijck précisent que Van Eyck est mort jeune. Le 22 juillet 1441, donc après son décès, le duc versa encore, à la veuve, une partie de sa rente annuelle et, lorsque leur fille Lievine entra au couvent Sainte-Agnès, à Maaseik, en 1449-1450, il lui attribua une gratification. Rien pratiquement ne subsiste des commandes que Van Eyck exécuta pour Philippe le Bon. Il a travaillé à la décoration des résidences de Hesdin (1431 ou 1432), de Bruxelles (1433), et de Lille (1434). On rattache généralement à ces travaux une peinture avec une fête de chasse à la cour de Philippe le Bon, copie du deuxième quart du XVIe siècle d'après une œuvre perdue de caractère eyckien évident (Versailles, Mus. du Château). Vers 1460, lorsque, dans son "Trattato d'architettura", Filarete traite de l'ornementation des palais, il mentionne le nom de Jan van Eyck. Il a, sans aucun doute, peint des portraits du duc et de sa famille. Nombre de portraits gravés du XVIIe siècle mentionnant Van Eyck comme Inventor, peuvent en être des traces. Un dessin du XVIIIe siècle (appartenant à une collection privée allemande) porte une inscription selon laquelle il se rapporterait au portrait de l'infante Isabelle exécuté au Portugal. En 1456, Bartholomeus Facius décrit une "mappa mundi" exécutée par Jan van Eyck pour Philippe le Bon. Elle était très minutieuse et donnait la possibilité de mesurer les distances. Il est possible qu'il faille l'identifier à une carte du monde signalée à la Prinsenhof de Bruges. Il n'est pas exclu que le duc ait commandé à Van Eyck des œuvres décoratives à caractère héraldique. Parmi les œuvres conservées, il n'y en a qu'une qui soit généralement tenue pour une commande ducale : une "Annonciation" destinée à la chartreuse de Champmol (Washington, Nat. Gall.). Bien qu'il ait été peintre de la cour, Van Eyck est toujours resté libre de travailler pour d'autres commanditaires. L'œuvre capitale reste indubitablement l'"Agneau mystique" commencé par Hubert van Eyck mais achevé par Jan. C'était une commande de l'échevin gantois Judocus Vijd, marguillier de l'église Saint-Jean (actuellement, la cathédrale Saint-Bavon) et de son épouse Elisabeth Borluut. Elle était destinée à leur oratoire privé dans la première des chapelles rayonnantes méridionales du déambulatoire de Saint-Jean. L'inscription dédicatoire situe la consécration de l'œuvre au 6 mai 1432. Quelques panneaux dont celui d'Adam et Eve, celui des donateurs, celui des prophètes et des sibylles sont entièrement de la main de Jan mais son intervention dans tous les autres est incontestable. Il y apporta des changements tant sur le plan formel que sur celui du contenu. Il tenta essentiellement d'accentuer la plasticité des figures, et d'affiner le rendu de la troisième dimension et de la répartition spatiale des sujets par de légers effets de lumière et d'ombre. Il ajouta des détails réalistes. La modification de la voûte de la chambre où se déroule la scène de l'Annonciation est frappante; il remplaça le paysage d'arbres au registre inférieur, conçu d'une manière uniforme par Hubert, par des arbres, arbrisseaux et plantes individualisés, ayant une signification symbolique. L'attribution précise de certaines parties à Jan ou à Hubert reste cependant sujette à discussion. L'œuvre s'inspire étroitement de la théologie et se fonde sur un contenu intellectuel évident. La symbolique y est utilisée de manière cohérente. Destiné à la chapelle funéraire de Vijd, le polyptyque, outre son aspect eucharistique, a un caractère funéraire. Ouvert, il montre la communion des saints, "le nouveau ciel et la nouvelle terre", selon les termes de l'Apocalypse. Au centre, sont représentées toutes les catégories de saints qui symbolisent aussi les huit béatitudes - ce jardin céleste de la béatitude étant le fruit du sacrifice de l'Agneau qui verse sans cesse son sang, sur un autel, au milieu d'eux. Sur les volets latéraux, ermites, pèlerins, magistrats civils et chevaliers s'acheminent vers ce paradis verdoyant. La fête est présidée par Dieu le Père entouré par Marie et saint Jean-Baptiste, glorifiés comme précurseurs du Messie sur terre, ainsi que par des anges chanteurs et musiciens. Adam et Eve sont représentés comme la cause de la Rédemption. Fermé, le polyptyque est conçu comme un prologue. L'Annonciation marque le début de la Rédemption; les prophètes et les sibylles président la mission de Marie; saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Evangéliste annoncent le Christ, fondateur du royaume de Dieu, respectivement sur la terre et dans le ciel. Représentés comme priants, les deux donateurs participent déjà au salut. De nombreuses inscriptions précisent le sens profond de la représentation. Certaines ont disparu mais on peut les reconstituer d'après la description d'une pièce représentée par les rhétoriqueurs sur le lieu dit "de Poel" à Gand, en l'honneur de la Joyeuse Entrée de Philippe le Bon, en 1458. Par ailleurs, l'œuvre que l'on peut attribuer à Jan van Eyck avec certitude comporte neuf tableaux signés et datés entre 1432 et 1439. Quelques-uns portent en outre la devise "Als ich can", empruntée à la rhétorique ancienne. De cette série de tableaux, il ne se dégage aucune évolution rectiligne. Van Eyck s'adapte au format et au sujet. En se fondant sur ces attributions avérées, il est possible d'en établir d'autres. Un premier groupe de peintures est constitué de portraits de nobles et de membres de la haute bourgeoisie : le courtisan "Baudouin de Lannoy" (Berlin-Dalhem, Staatl. Mus.), "Le cardinal Niccolo Albergati" (1438 ?, Vienne, Kunsthist. Mus.), l'orfèvre brugeois "Jan de Leeuw" (1436, Vienne, Kunsthist. Mus.), le marchand italien "Giovanni Arnolfini" (Berlin-Dalhem, Staatl. Mus.), "Margaretha, l'épouse de Jan" (1439, Bruges, Groeningemus.), "L'homme au turban rouge" (1432) et le dit "Timothéos" (1432, Gilles Binchois ?) (tous deux à Londres, Nat. Gall.). On a conservé un dessin préparatoire pour le portrait d'Albergati; il porte des indications de couleur en moyen néerlandais (Dresde, Kupferstichkabinett). Les modèles sont tous représentés en buste, sur fond sombre, le visage de trois quarts gauche et éclairé de ce côté afin de donner un modelé maximum. Sur le portrait de mariage "des Epoux Arnolfini" (1434, Londres, Nat. Gall.), Van Eyck apparaît lui-même dans un miroir comme témoin. Les épitaphes constituent une deuxième série de tableaux : "La Vierge au chancelier Nicolas Rolin", provenant de Notre-Dame d'Autun (Paris, Louvre) et "La Vierge au chanoine Joris Van der Paele", provenant de l'ancienne église Saint-Donatien à Bruges (1434-1436, Bruges, Groeningmus.). Enfin, il y a un certain nombre de tableaux de dévotion, souvent de très petites dimensions : un petit "Triptyque avec une Vierge trônant" (1437, Dresde, Staatl. Kunstsmlg.), la "Madone de Lucques" (Francfort, Städel), la "Sainte Barbe" (1437, Anvers, K.M.S.K.), la "Vierge à la fontaine" (1439, Anvers, K.M.S.K.), la "Vierge dans une église" (Berlin-Dalhem, Staatl. Mus.), et le diptyque de l'"Annonciation" (1439, Lugano, Castagnola, Fond. Thyssen-Bornemisza). Il faut aussi reprendre dans cette série un "Portrait du Christ, la "Vera Effigies", dont Van Eyck a réalisé deux versions (1438 et 1440) mais que l'on connaît seulement par des imitations - enluminures et tableaux - dont il existe un certain nombre. Il s'agit de l'actualisation d'une icône byzantine. Le caractère iconique de la plupart de ces tableaux de dévotion est frappant. Un certain nombre d'œuvres perdues sont connues par des sources écrites. Bartolomeus Facius (1456) mentionne un tableau avec des "Femmes au bain" dans la collection d'Ottaviano della Carda et, ultérieurement, dans celle de Federigo da Montefeltre à Urbino et, aussi, un triptyque avec l'"Annonciation et les saints Jean-Baptiste et Jérôme", acquis de Battista Lomellini à Naples, en 1444, par Alphonse V d'Aragon. Cette même année, à Valence, ce prince a aussi acheté un "Saint Georges". Les inventaires de Marguerite d'Autriche (1516 et 1524) relèvent une peinture avec "une Portugaloise". Marcantonio Michiel mentionne, vers 1520-1530, un "Patron et son facteur", daté de 1440, en possession de C. Lampognano à Milan. Leonico Tomeo à Padoue possédait une "Chasse à la loutre". Willem van Haecht, dans le "Cabinet d'amateur" de Cornelis Vander Geest (1628, Anvers, Rubenhuis), a reproduit une peinture avec une "Femme à sa toilette"; il pourrait s'agir du volet perdu des "Epoux Arnolfini". L'attribution de quelques œuvres reste problématique. C'est le cas des "Trois Marie au tombeau" (Rotterdam, Mus. Boymans-van Beuningen), aujourd'hui tenue pour une œuvre précoce de Van Eyck, et de "Saint François recevant les stigmates" (Philadelphie, John G. Johnson Coll. et Turin, Gall. Sabauda). La "Vierge avec un chartreux" (New York, Frick Coll.) a peut-être été commencée par Van Eyck mais fut achevée après sa mort. D'autres tableaux eyckiens doivent définitivement être attribués à des épigones : le" diptyque avec un "Calvaire" et un "Jugement dernier" (New York, Met.), la "Source de vie" (Madrid, Prado), la "Vierge d'Ince Hall" (Melbourne, Nat. Gall.), l'"Annonciation Friedsam" (New York, Met.), le "Calvaire" (Berlin-Dalhem, Staatl. Mus.), un diptyque avec la "Vierge et saint Jean-Baptiste", attribué au Maître du saint Jean grimaçant (Paris, Louvre). L'authenticité de "Saint Jérôme" (Detroit, Inst. of Arts) est discutée mais le tableau, en tout cas, renvoie à un prototype eyckien. Il faut exclure la participation de Van Eyck au parachèvement du "Livre d'heures de Turin-Milan"; le livre fut achevé entre 1440 et 1450 par des enlumineurs brugeois qui utilisaient des modèles eyckiens. Facius qualifie Van Eyck d'érudit. Il était doué, en effet, d'une vive curiosité intellectuelle. Il savait le latin, possédait des notions de grec et d'hébreu, se montrait capable de transposer en image des concepts théologiques compliqués et se sentait à l'aise dans le monde des symboles. Son œuvre atteste en outre sa connaissance de l'anatomie humaine, de la géologie, de la botanique et de tout ce qui relève de l'industrie humaine : architecture, sculpture, orfèvrerie, broderie, ébénisterie... La réalité, non seulement il la connaît, mais il la restitue à la perfection. Il atteint à une parfaite illusion de la perspective non pas en se fondant sur les principes mathématiques mais par la pratique empirique. Ses paysages s'ouvrent sur l'infini et la suggestion spatiale, dans ses intérieurs, est tout à fait correcte, de même que la relation des personnages à l'espace. Chacune de ses peintures est un espace lumineux. Le peintre découvre que la lumière donne aux choses leur forme et leur volume et, plus encore, détermine le caractère et la qualité de leur matière d'après la façon dont chaque matière l'accroche ou la rejette. L'attention aux petits détails, quasi microscopiques, qui sont très minutieusement décrits, renforce l'aspect éminemment réaliste de son œuvre. Réalisme que son talent magistral a su rendre convaincant. C'est précisément ce qui fait de lui un excellent portraitiste. Il ne faut toutefois pas oublier que Van Eyck ne peint pas la réalité pour elle-même, chaque motif est chargé d'une valeur symbolique, en fonction du contenu global du sujet. Déjà L. Guicciardini (1567) et G. Vasari (1568) lui attribuent erronément l'invention de la technique de la peinture à l'huile. Il est cependant vrai que, par des mélanges nouveaux, il atteignit à une couleur plus transparente et donc, d'un caractère plus lumineux. Le fait d'être peintre de cour, dégagé du carcan corporatif, lui offrait l'avantage de pouvoir se livrer à des expériences et, tout à la fois, l'obligeait à développer son talent au maximum. L'œuvre de Van Eyck a été abondamment copiée par des peintres et des enlumineurs et, au XVIe siècle encore, par G. David et J. Gossart. Des Italiens aussi, tels A. da Messina et Colantonio ont subi son influence. Sa renommée internationale, d'ailleurs, est attestée dans l'historiographie italienne du XVe siècle où l'on trouve des renseignements sur Van Eyck, rapportés entre autres par Cyriacus de Ancona, Facius, Pizzicole, Filarete et Giovanni Santi.

Rédacteur
Smeyers, Maurits
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Belgian Art Links and Tools, le 8/02/2010
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