| Peintre de scènes paysannes et de vues de château. Fils d'un sculpteur, J. Siberechts passe sa jeunesse dans sa ville natale, mais on ne sait chez qui il reçut sa formation. Il est possible qu'il fit le voyage d'Italie, mais rien ne le prouve, sinon des traces d'italianisme dans ses uvres de jeunesse. En 1648 ou 1649, il devient maître de la corporation d'Anvers. En 1672, probablement sur proposition du duc de Buckingham, il part s'installer en Angleterre. Là, il se met au service de la riche aristocratie anglaise qui l'emploie à peindre des vues de ses vastes domaines et des scènes de chasse. Si les uvres de jeunesse de Siberechts portent la trace de l'influence des italianisants, il ne s'agit pas là de ses uvres les plus originales. A partir de 1661 et jusqu'à son départ pour l'Angleterre en 1672, Siberechts développe un genre nouveau et original de paysage. Peut-être sous l'influence de son père sculpteur, J. Siberechts s'intéresse à rendre par la peinture la sensation de volume. Qu'il s'agisse de la panse des vaches, des rondeurs des fermières ou de la sphéricité des cruches, il aime opposer les courbes aux verticales des troncs d'arbres. Mais là où il se distingue le plus de ses contemporains, c'est dans la recherche des effets de lumière. L'objet principal de ses recherches porte sur le scintillement, le miroitement de la lumière sur l'eau. Le motif du gué offre à l'artiste l'occasion de peindre la lumière en mouvement, les éclats fugitifs qui naissent de l'agitation de l'eau sous les pas des gens et des bêtes. Ce même souci de rendre le reflet fugace de la lumière trouve également son application sur les grosses cruches de cuivre pansues qu'on retrouve dans tant de ses tableaux. Contrairement aux autres peintres flamands qui préfèrent la lumière oblique, Siberechts choisit la lumière zénithale blanche ou bleuâtre qui met en relief les vêtements blancs, rouges ou jaunes vifs des personnages. Il use de la couleur en fonction des effets d'éclairage, plus que pour le jeu chromatique lui-même. Siberechts est le premier peintre flamand à avoir consacré son pinceau à reproduire la simple vie paysanne de la campagne anversoise. Inlassablement, il représente dans toute la simplicité qui lui est propre, la vie humble mais digne de la ferme. Les personnages ne trouvent place dans ses tableaux que par l'effet coloré ou le jeu de lignes qu'ils y apportent. A force de vouloir saisir le jeu de la lumière, les tableaux de Siberechts ont la fixité d'un instantané photographique qui leur confère un caractère d'éternité. A partir de son installation en Angleterre, le style de Siberechts évolue; deux sujets semblent l'intéresser : les arbres majestueux et la douce lumière de la campagne anglaise inondant les collines. De plus, pour plaire à ses commanditaires, Siberechts sacrifie à leur goût pour la joliesse et les anecdotes amusantes. Son uvre perd alors de la profondeur et du calme qui faisaient l'intérêt de sa période flamande. Si l'influence hollandaise se note à maints détails, l'uvre de Siberechts reste cependant foncièrement flamande par ses qualités plastiques et le choix des coloris. Le doux et taciturne Siberechts a eu une vision tellement personnelle et originale de son monde pictural dans la seconde moitié du XVIIe siècle qu'il n'a pratiquement pas eu d'émules. Il ne fut redécouvert dans toute son originalité que vers 1930.
|