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Biographie d'artiste

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RUBENS, Peter Paul

Siegen, 1577 - Anvers, 1640
Peintre de compositions religieuses, mythologiques et allégoriques, de portraits, de paysages, de scènes de chasse et de natures mortes, décorateur, peintre de cartons de tapisseries, dessinateur et graveur. Rubens est l'un des plus grands peintres de tous les temps et, assurément, le plus grand que la Flandre ait engendré. Il a dominé la peinture de son époque à un point jusqu'alors sans précédent et qui est resté sans égal. Il est né à Siegen, le 28 juin 1577 probablement. En 1578 ses parents s'établirent à Cologne et, après la mort de son père en 1587, sa mère, Maria Pypelinckx, retourna à Anvers avec ses enfants. Rubens y fréquenta l'école latine de Rumoldus Verdonck où, pour la première fois à travers l'étude du latin et du grec, il prit contact avec l'antiquité classique. Dans sa treizième ou sa quatorzième année, il fut pendant quelques mois au service de Marguerite de Lalaing d'Arenberg, comtesse de Ligne à Audenarde, en qualité de page. En 1598, il devint franc-maître de la gilde de Saint-Luc à Anvers après avoir été successivement élève de Tobias Verhaecht, Adam van Noort et Otto van Veen. Seul ce dernier exerça quelque influence sur lui. D'ailleurs, après avoir obtenu la maîtrise, Rubens travailla deux ans encore dans son atelier avant son départ pour l'Italie, en 1600. Le tableau "Adam et Eve au paradis" (Anvers, Rubenshuis), généralement attribué à Rubens et daté de cette période, s'apparente, en effet, à l'académisme strict de Van Veen. Quelques mois après son arrivée en Italie, il fut engagé comme peintre de cour par Vincent Gonzague, duc de Mantoue. Il assuma cette fonction pendant huit ans sans cependant séjourner en permanence à la cour. En 1602 à Rome, il travailla à sa première commande importante, trois peintures pour l'église Santa Croce in Gerusalemme : "Sainte Hélène avec la croix", (act. à Grasse, anc. cath. N.D.), "Le Christ aux outrages" (act. à Grasse, hôpital de Petit-Paris) et "L'érection de la croix" (perdue, connue par une copie du XVIIe siècle se trouvant à Grasse, hôpital de Petit-Paris). Si, dans ces œuvres, l'artiste reste encore en partie fidèle au classicisme froid de Van Veen, il semble cependant assez évident qu'il ait subi des influences italiennes : les contrastes dramatiques des clairs-obscurs dans "Le Christ aux outrages" font clairement référence au Tintoret. Fin 1605, Rubens se rendit à nouveau à Rome où il séjourna jusqu'en octobre 1608, pratiquement sans interruption. Il y obtint la commande très importante du tableau pour le maître-autel de l'église Santa Maria in Vallicella, "Saint Grégoire avec d'autres saints vénérant la madone", dont l'exécution lui posa quelques problèmes. Lorsque la peinture fut placée sur l'autel, des reflets lumineux empêchaient presque de la voir. Rubens la reprit et en exécuta une nouvelle version, toujours conservée dans l'église. La première version (Grenoble, M.B.A.) montre de quelle sublime manière il avait su assimiler et convertir les influences italiennes. C'est à l'art vénitien qu'il était redevable de la richesse des coloris et de la splendeur des costumes tandis que l'intériorité et l'harmonie émanant du tableau rappellent Raphaël. A Rome, outre l'œuvre de Raphaël et celle de Titien, il étudia celle du Caravage dont le rendu réaliste de la figure humaine et les contrastes violents de lumière et de couleurs l'ont profondément marqué. D'autre part, les vestiges de l'Antiquité romaine retinrent tout particulièrement son attention; en témoignent les nombreux dessins qu'il en fit et qui, souvent, dans ses œuvres ultérieures constitueront le point de départ du traitement des attitudes.En 1608, Rubens quittait l'Italie pour n'y plus revenir. Il s'installa définitivement à Anvers où la conjoncture lui était particulièrement favorable. L'épanouissement économique résultant de la Trève de douze ans (1609-1621) favorisa le climat artistique. Nommé peintre de cour des archiducs Albert et Isabelle, il fut dispensé de l'obligation de résider à la cour à Bruxelles. En 1609, il épousa Isabelle Brant et, en 1610, acquit une maison du début du seizième siècle (Anvers, Rubenshuis) à laquelle il ajouta un atelier dont il avait lui-même établi les plans dans le style génois. Dès son retour à Anvers, il reçoit sa première commande importante : "L'adoration des mages" (Madrid, Prado) destinée à la Chambre des Etats de l'hôtel de ville d'Anvers - la pièce où auraient lieu les négociations de la Trève de douze ans. La commande de deux grands retables d'autel : "L'érection de la croix" (1610-1611) et "La descente de croix" (1612-1614), tous deux aujourd'hui à la cathédrale d'Anvers, confirme et accroît sa réputation. Bien qu'ils aient été exécutés à la même époque, ces deux triptyques font preuve d'une évolution stylistique manifeste. Le premier, tout comme "L'adoration des mages" cité plus haut, peut être considéré comme une synthèse des influences reçues en Italie. Une certaine influence du Tintoret se profile dans la composition générale; le coloris se rapproche de celui de plusieurs maîtres vénitiens; certains bourreaux musclés font référence à des figures comparables de Michel-Ange tandis que les femmes du peuple, sur l'un des volets, évoquent Le Caravage, de même que le traitement du clair-obscur. Dans "La descente de Croix", la composition est devenue beaucoup plus calme et plus claire. La tonalité générale chaude de la phase précédente fait place au ton local avec une préférence avouée pour les couleurs plus claires, un peu froides parfois. Cette phase classique dure jusqu'aux environs de 1615. Dès lors, Rubens conçoit à nouveau des compositions résolument dynamiques parmi lesquelles quelques magnifiques tableaux de chasse ("La chasse à l'ours", Dresde, Staatl. Kunstsmlg.), des œuvres telles que le "Grand Jugement dernier" (Munich, A. Pin.) et les projets de la série de tapisseries consacrées à l'"Histoire de Decius Mus" (esquisses conservées entre autres à Madrid, Prado; Munich, A. Pin; Washington, Nat. Gall. of Art et les toiles modèles à Vaduz, Fürst Liechtensteinische Gg.) Ici le ton local s'efface au profit d'un ensemble harmonieux de passages doux dans lesquels, fréquemment, les contours des différentes formes s'estompent. Des figures nombreuses, aux attitudes souvent très diverses et très compliquées, constituent un ensemble qui, cependant, conserve sa cohésion. Pour ce genre de compositions complexes à figures multiples, Rubens exécutait souvent nombre d'études préparatoires. Il avait ainsi l'habitude de fixer ses idées pour un tableau dans une esquisse à l'huile qu'il présentait au commanditaire pour approbation. Ensuite, il dessinait la position des figures individuelles à moins qu'il ait pu puiser dans sa réserve d'études existantes. En général, l'atelier contribuait largement à l'exécution de l'œuvre définitive, mais alors Rubens s'en réservait la finition. Il ne se limitait pas à peindre les têtes et à placer quelques touches; il intervenait en profondeur si bien que la part de l'atelier est à peine visible. Son collaborateur principal, pendant la période de 1617 à 1620 tout au moins, fut Antoon van Dyck. Pour certains éléments de ses tableaux - animaux, natures mortes, paysages en arrière-plan - Rubens faisait souvent appel à des collaborateurs très spécialisés comme F. Snijders, P. de Vos et J. Wildens qui entretenaient avec l'atelier des relations intermittentes. On peut considérer l'époque de 1620 à 1628 comme celle de sa véritable percée internationale. C'est aussi la période des grandes séries. En 1620, il reçut la commande de trente-neuf peintures pour le plafond de l'église des Jésuites Saint-Charles Borromée à Anvers. Le contrat stipulait que Rubens devait se faire assister par Van Dyck mais qu'il fallait que les esquisses à l'huile fussent de sa propre main. Alors que les peintures ont disparu dans l'incendie qui a ravagé l'église en 1718, ces esquisses sont, pour la plupart, conservées (entre autres Bruxelles, M.R.B.A.B.; Londres, Courtauld Inst.; Paris, Louvre; Vienne, Gg. der Akad. der bildenden Künste). Elles montrent que Rubens fut le premier artiste hors de la péninsule à réaliser une peinture de plafond de la même manière que les "soffiti" vénitiens. On peut encore repérer l'influence du Tintoret et de Véronèse dans le choix des motifs. Après la commande pour les Jésuites anversois, l'artiste exécuta trois séries d'œuvres pour la cour de France. D'abord, "L'histoire de Marie de Médicis", série de vingt-cinq tableaux sur le mode allégorique représentant la vie de la reine-mère de France (Paris, Louvre). "L'histoire de Henri IV", une commande de même type issue de "L'histoire de Marie de Médicis", est restée inachevée (esquisses conservées entre autres à Florence, Uffizi; Londres, coll. Wallace; Munich, A. Pin.) A l'intention de Louis XIII, il réalisa en 1621/1622 les projets pour "L'histoire de l'empereur Constantin", une série de douze tapisseries qui furent exécutées et qui se trouvent encore actuellement au Mobilier national de Paris (les esquisses à l'huile de Rubens sont conservées entre autres à La Haye, Mauritshuis et à Philadelphie, John G. Johnson Coll.) Ces travaux mirent Rubens en contact avec l'une des cours d'Europe les plus somptueuses. Cependant la commande que lui fit l'infante Isabelle, quelques années plus tard, ne devait le céder ni pour l'ampleur ni pour l'importance. Isabelle, en effet, avait le projet d'offrir une série de tapisseries aux "Descalzas Reales", le couvent madrilène des carmélites déchaussées où elle avait reçu une partie de son éducation. Rubens conçut l'iconographie et réalisa les cartons pour cet ensemble traitant du "Triomphe de l'Eucharistie" (1625/1627). Plusieurs esquisses préparatoires, des "modelli", et des cartons sont conservés pour la plupart à Madrid (Prado). Les vingt tapisseries qui se trouvent encore actuellement dans le couvent furent tissées à Bruxelles dans les ateliers de Jan Raes et Jacob Geubels. C'est de la même époque que datent aussi "L'adoration des mages" pour l'abbaye Saint-Michel à Anvers (act. Anvers, K.M.S.K.) et "L'assomption de Marie" destinée au maître-autel de la cathédrale d'Anvers où elle se trouve encore. On peut observer, au cours de cette période de 1620 à 1628, une évolution stylistique évidente. Alors qu'au cours de la période précédente, le peintre recourait plutôt aux empâtements, celle-ci s'en distingue par un traitement beaucoup plus fluide de la couleur accompagné de passages de tons délicats. En même temps, les contours et les ombres s'estompent de telle manière que les zones colorées se fondent les unes dans les autres presque insensiblement. Le "Mariage mystique de sainte Catherine" (Anvers, K.M.S.K.) en est un exemple particulièrement abouti. L'unité organique dont témoigne cette composition aux figures multiples est le résultat aussi bien d'une structure solidement conçue que de la modulation délicate des couleurs.Isabelle Brant décéda le 20 juin 1626. Jusque-là, Rubens avait déjà exercé certaines fonctions diplomatiques. Elles s'accrurent considérablement après la mort de son épouse. Il entrait dans ses intentions de réaliser une paix durable entre les Pays-Bas du Nord et les Pays-Bas du Sud. Il lui paraissait que le moyen le plus adéquat serait un traité entre l'Espagne et l'Angleterre. Ses efforts n'aboutirent pas à un résultat concret mais ces activités ne furent pas sans conséquences pour le développement de son art. Son séjour assez long à Madrid en 1628-1629 lui permit de renouer avec l'œuvre de Titien dont de nombreux tableaux y étaient conservés. Ses contacts avec le roi d'Angleterre Charles Ier lui valurent des commandes importantes comme celles de "L'allégorie de la paix" (Munich, A. Pin.) et les peintures de "La glorification de Jacques Ier" (1631-1634) pour le plafond du Banqueting Hall au palais de Whitehall à Londres. Les esquisses sont conservées notamment à Anvers (K.M.S.K.), Boston, (Mus. of Fine Art), Saint-Pétersbourg (Ermitage) et les peintures occupent toujours leur emplacement initial (act. Ministry of Works). Le 6 décembre 1630, Rubens épousait Hélène Fourment, jeune fille de seize ans dont il fit le portrait à de nombreuses reprises et qui, souvent, lui servit de modèle pour des figures de la Bible ou de la mythologie. En 1635, il acquit le domaine campagnard d'Elewijt près de Malines où il se plut, dès lors, à passer les mois d'été. Au cours de la dernière décennie de son existence, il peignit relativement peu d'œuvres religieuses ("La vision de saint Ildefonse", Vienne, Kunsthist. Mus.; "La montée au Calvaire", Bruxelles, M.R.B.A.B.; "L'Assomption", Vaduz, Fürst Liechtensteinische Gg.); il se consacra davantage aux scènes mythologiques et aux paysages. On ne peut passer sous silence deux commandes importantes qu'il exécuta au cours de cette période. Le 17 avril 1635, le cardinal-infant Ferdinand, qui avait succédé à feu l'archiduchesse Isabelle, faisait sa Joyeuse Entrée à Anvers. La ville ne ménagea ni ses frais ni sa peine pour gagner les faveurs du nouveau gouverneur. La direction générale de la décoration de la ville avait été confiée à Rubens. Il avait conçu les projets des arcs de triomphe ornés de peintures et de sculptures où ses connaissances en matière d'allégories et de mythologie purent se donner libre cours et où, surtout, il témoigna d'un remarquable talent à intégrer architecture, peinture et sculpture (esquisses conservées entre autres à Saint-Pétersbourg, Ermitage). Le roi d'Espagne Philippe IV lui fit une seconde grosse commande : une série de tableaux mythologiques dont la plupart des sujets étaient empruntés aux "Métamorphoses" d'Ovide, et qui étaient destinés à la décoration de la Torre de la Parada, un pavillon de chasse royal aux abords de Madrid. Cette commande - la plus importante que le peintre ait jamais obtenue - comportait environ cent quinze toiles. En 1637/1638, Rubens en exécuta les esquisses à l'huile qui sont d'une inégalable qualité. La composition et les tons sont indiqués par quelques traits de pinceau et quelques touches de couleur. Il n'exécuta lui-même que quatre tableaux, confiant le reste à des collaborateurs tels que C. de Vos, J. Jordaens, P. de Vos, T. van Thulden, E. Quellin et P. Snaeyers. Une quarantaine de peintures définitives conçues par Rubens ont été conservées (Madrid, Prado) et environ cinquante esquisses à l'huile (entre autres Bruxelles, M.R.B.A.B.).Ainsi donc Rubens domina la peinture de son temps avec une autorité quasi absolue. Il a d'ailleurs contribué lui-même à une large diffusion de son œuvre. Il a tenté de former des graveurs qui, sous son contrôle, exécutèrent des gravures d'après son œuvre. Les plus importants parmi eux étaient L. Vorsterman, Boetius et Schelte à Bolswert, P. Pontius et C. Jegher. Dès son vivant, son style a été imité, mais souvent sans vigueur et de manière ennuyeuse. L'importance que des artistes de valeur universelle appartenant aux générations ultérieures ont attachée aux réalisations de Rubens atteste la pérennité de son influence. Des noms tels que A. Watteau, J. Reynolds, E. Delacroix, J. Constable, P.A. Renoir et P. Cézanne en sont des exemples particulièrement significatifs.

Rédacteur
Devisscher, Hans
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Belgian Art Links and Tools, le 8/02/2010
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