| Metsijs est le peintre anversois le plus important du premier quart du XVIe siècle. On distingue trois sortes de thèmes dans sa peinture : les uvres religieuses, les uvres moralisatrices satiriques et les portraits. L'hypothèse selon laquelle il aurait été médailleur et forgeron n'est en rien confirmée; peut-être se fonde-t-elle sur une confusion entre lui et son père, Joos, ou son frère, du même nom. De même, son activité de cartonnier pour la tapisserie relève-t-elle de la conjecture. Il est possible que Quinten Metsijs ait reçu sa formation à Louvain, peut-être chez l'un des fils de D. Bouts, Albert ou Dirk le Jeune. L'hypothèse de C. van Mander (1604), selon laquelle Metsijs n'aurait connu aucun apprentissage, relève de son intention de souligner la maîtrise du peintre. Il est évident qu'à Louvain il a pu approcher l'uvre de D. Bouts et qu'il a aussi connu celle de G. David et celle de H. Memling. En 1491/1492, on le trouve inscrit aux registres de la gilde de Saint-Luc à Anvers. D'après les archives, il semble qu'il n'ait jamais quitté la ville pour une longue absence encore qu'il ne faille pas exclure l'éventualité d'un voyage en Italie, par exemple, ou en France. Il accepta des élèves : en 1495/1496, un certain Ariaen, en 1501/1502, Willem Meulebroeck, en 1504/1505, Eduart Portugalois et en 1510/1511, Hennen Boeckmakere. Metsijs épousa en premières noces Alyt van Tuylt qui lui donna deux enfants : Pauwel et Catharina. Après le décès de son épouse, vers 1508, il se remaria avec Catharina Heyns. Il leur naquit dix enfants dont les deux aînés, Jan et Cornelis, devinrent peintres également. Selon toute probabilité ils firent leur apprentissage auprès de leur père dans l'atelier duquel travaillait peut-être aussi leur oncle Jan, le frère cadet de Quinten, qui obtint la maîtrise à Anvers en 1501/1502. D'autre part, un petit-fils de Quinten Metsijs, Quinten II, fils de Jan, embrassa lui aussi la carrière.Metsijs fut un artiste réputé qui jouissait d'une belle aisance. Des contemporains célèbres, tels Erasme, Petrus Aegidius et Thomas More le tenaient pour un artiste important. Il est également admis que, lors du séjour qu'il fit à Anvers (1520-1521), A. Dürer lui rendit visite, ou à son atelier ou dans sa maison; il faut noter, toutefois, que Dürer parle de "maître Quinten" sans autre précision. Toutes sortes de légendes et de récits concernant sa personne virent le jour dès le seizième siècle.La reconstitution de son uvre de jeunesse (1491-1507) reste largement hypothétique. Une dizaine de peintures - des madones pour la plupart - entrent en ligne de compte. La première uvre datée que l'on connaisse, le triptyque de "La lignée de sainte Anne" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), ne remonte qu'à 1507/1509. Elle avait été commandée par la confrérie de Sainte-Anne pour sa chapelle en l'église Saint-Pierre à Louvain. Entre 1508 et 1511, il réalise pour la gilde anversoise des menuisiers le retable de la "Déploration" également appelé "Retable de saint Jean" (Anvers, K.M.S.K.). Ce sont les tableaux les plus importants de son uvre. Exécutés tous deux pour des commanditaires des Pays-Bas, ils constituent un exemple typique d'amalgame d'éléments repris à la tradition des Primitifs flamands et de nouvelles conceptions inspirées de la renaissance italienne. Le premier retable représente sainte Anne et sa famille, un thème particulièrement populaire aux Pays-Bas depuis la fin du XVe siècle. La symétrie de la composition est, certes, traditionnelle; Metsijs s'est inspiré directement des exemples de Memling, de David et du Maître de Francfort. Par contre, l'architecture renaissante, l'ingénieuse perspective et le paysage sont italianisants. L'un des problèmes les plus troublants que soulève l'uvre de Metsijs est bien son incontestable parenté avec celle de Léonard de Vinci, surtout évidente dans l'utilisation qu'il fait du "sfumato", ainsi que dans des motifs et même des schémas entiers de composition qu'il lui emprunte sans détour. C'est le cas, par exemple, de la "Madone" du musée de Poznan (Pologne) et de "Jésus et Jean enfants s'embrassant", une uvre perdue. Il n'est cependant pas possible de prouver qu'il ait fait un voyage en Italie ou en France. Il se rattache aussi à de nombreux peintres italiens par l'utilisation de couleurs pastel douces qui constitue une différence marquée avec ses prédécesseurs. Metsijs recevait aussi des commandes de clients étrangers, le plus souvent par l'entremise de leur représentant à Anvers (factor). A cet égard, l'uvre la plus importante est le polyptyque "Les sept douleurs de Marie" qu'il exécuta vers 1509/1512, avec la collaboration de son atelier, pour l'église du couvent Madre de Deus à Xabregas près de Lisbonne (Lisbonne, Mus. Nac. de Arte Antiga - Worchester/U.S.A., Art. Mus. - Rio de Janeiro, Ecola Nac. de B.A.). La forme de ce polyptyque était alors populaire dans la péninsule ibérique, ce qui semble indiquer que le peintre avait reçu des indications précises du commanditaire. On conserve de lui également une série de petits tableaux de dévotion.On établit généralement un rapport entre l'uvre moralisatrice satirique de Metsijs et le milieu humaniste, particulièrement avec l'uvre d'Erasme avec lequel il entretenait des contacts. Le plus souvent, ces tableaux ont un but didactique évident. Ils se composent presque toujours d'une ou de deux figures en gros plan ou à mi-corps. Les vêtements sont souvent désuets et les corps grotesques. Dans un certain nombre de cas, ils sont empruntés tels quels à l'uvre de Léonard de Vinci à tel point qu'on peut parler de "citations". Ainsi, par exemple, le "Portrait d'une femme grotesque" (Londres, Nat. Gall.) et le "Portrait d'un vieillard" (Paris, Mus. Jacquemart-André). Souvent, Metsijs reprend aussi des figures grotesques dans ses compositions religieuses : comme par exemple dans "La tentation de saint Antoine" (en collaboration avec J. Patinier) (Madrid, Prado). "Le banquier et sa femme" (Paris, Louvre), tableau signé et daté 1514, est indubitablement son uvre profane la plus connue. Le cadre original portait une inscription reprise au Lévitique (19;35) qui donne le ton moralisateur de la composition. Probablement s'agit-il, dans le mode satirique, d'une représentation de la pratique religieuse supplantée par le pouvoir de l'argent. "Le couple mal assorti" (Washington, Nat. Gall.) constitue un autre exemple du genre moralisateur. Les deux thèmes étaient particulièrement populaires au XVIe siècle.Parmi les portraitistes de son époque, Metsijs occupe le premier rang grâce à ses effigies d'"Erasme" (Rome, Gall. Naz.) et de "Pierre Gilles (Petrus Aegidius)", greffier de la ville d'Anvers (Longford Castle/Grande-Bretagne). Ces deux portraits, dont on connaît plusieurs versions, furent exécutés en 1517 et, la même année, envoyés en cadeau à Thomas More qui les apprécia beaucoup, tout comme les commanditaires d'ailleurs. Le "Portrait de l'homme aux lunettes" (Francfort, Städel), dont on admet généralement qu'il fut peint par Metsijs au cours de la dernière décennie de sa vie, est d'un intérêt exceptionnel. L'identité du modèle reste une énigme. La composition et la palette rappellent certains exemples de l'Italie septentrionale, notamment des uvres d'A. Solario, un élève de L. de Vinci.A partir du XIXe siècle, Metsijs est tenu pour le "fondateur" de l'école anversoise, selon une interprétation typiquement romantique de la réalité. Il est certain qu'il fut le peintre anversois en vogue au début du XVIe siècle. Cependant, malgré la quasi-certitude qu'il ait dirigé un atelier bien organisé, les archives, à ce jour, n'en ont fourni aucun témoignage.
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