Balat table des matières

Biographie d'artiste

Recherche :

MEMLING, Hans

(MEMLINC) (Jean)
Seligenstadt, entre 1430 et 1440 - Bruges, 1494

Peintre de scènes religieuses et de portraits. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la biographie de Memling releva plutôt d'un univers mystérieux, légendaire, créé par J.B. Descamps et alimenté par la littérature romantique allemande et par quelques écrivains locaux du XIXe siècle. W.H.J. Weale exhuma des archives certaines données irréfutables concernant l'origine de Memling, son mariage, ses enfants, ses biens, son décès et ses commanditaires. C'est H. Dussart qui découvrit son origine allemande et R.A. Parmentier son lieu de naissance, Seligenstadt. Memling est mentionné à Bruges en 1465 dans les registres de la bourgeoisie, ce qui atteste qu'il s'y était fixé alors que Petrus Christus était encore actif dans la ville. En 1480, on le compte parmi les bourgeois les plus aisés. Il avait épousé Anna de Valkenaere et, avec ses trois enfants, demeurait dans la rue Saint-Georges. Décédé le 11 août 1494, Memling fut enterré au cimetière de l'église Saint-Gilles. Malgré son origine, son nom fut très tôt lié à la ville de Bruges. Il y travaillait pour de nombreux commanditaires de la bourgeoisie locale et des colonies étrangères, pour les gildes et les couvents et, surtout, pour l'hôpital Saint-Jean. Ce sont les chroniqueurs et aussi l'analyse stylistique qui ont apporté quelques rares données concernant sa formation. Ainsi, il est possible qu'il ait eu des contacts avec l'école de Cologne entre 1455 et 1460 : L. von Baldass souligne les ressemblances avec les compositions et le style de S. Lochner. G. Vasari le mentionne comme élève de R. van der Weyden. Le traitement des figures et des compositions fait en effet supposer chez Memling une connaissance approfondie de l'œuvre de Rogier. Il est possible qu'il soit resté dans son atelier jusqu'à la mort du maître, en 1464. Le style bien particulier de Memling a, d'emblée, permis à Weale de regrouper quantité d'œuvres autour des peintures signées et datées. K. Voll rassembla le catalogue presque intégral de l'œuvre; M.J. Friedländer le compléta en 1928 et, depuis, peu de modifications y ont été apportées. L'organisation de nombreuses expositions dans le cadre de la redécouverte des Primitifs flamands a aussi contribué à l'aboutissement de ces travaux (notamment, les expositions de 1902 et 1939 à Bruges). Outre l'œuvre monumentale de Memling, on a conservé de nombreuses peintures de petit format dont on trouve des exemples très représentatifs à l'hôpital Saint-Jean à Bruges. La "Châsse de sainte Ursule" - un reliquaire en forme d'église gothique - est mondialement célèbre. Les volets d'orgue aux Anges musiciens (Anvers, K.M.S.K.) sont aussi tout à fait remarquables. Suivant la tradition, les sujets étaient inspirés de la Bible ou de la vie des saints. On lui connaît encore quelque vingt-cinq portraits; la plupart sont des demi-figures; certains sont des portraits votifs bien qu'il ne s'agisse pas de diptyques. On en trouve aussi à l'hôpital Saint-Jean. Memling a emprunté à Van der Weyden nombre de figures et de compositions. Il tempère leur intensité dramatique par une recherche consciente d'équilibre et de calme. Dans le traitement des figures aux formes épurées, un faible contraste de lumière et d'ombre définit le contour et crée le volume. Dans toutes ses compositions se manifeste une aspiration à l'équilibre et à la clarté. Il dispose géométriquement les figures dans un espace comme, par exemple, dans le "Triptyque de John Done" (1468/1470 ?, Londres, Nat. Gall.), ou dans le "Retable de saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Evangéliste" (1479, Bruges, St-Janshospitaal). C'est toujours cette formule qu'il reprend même lorsque les personnages sont debout dans un paysage comme dans le "Triptyque Moreel" (1484, Bruges, Groeningemus.). On retrouve également cette recherche d'intégration logique des figures dans l'environnement lorsque des personnages nombreux et des petits groupes sont dispersés dans tout le tableau : "Le Jugement dernier" (entre 1466 et 1473, Dantzig, Muz. Pomorskie), les "Scènes de la vie de la Vierge" (1480, Munich, A. Pin.), le "Triptyque du Calvaire" (1491, Lübeck, Sankt-Annen-Mus.), les "Scènes de la Passion" (Turin, Gall. Sabauda). Cette recherche est souvent empirique; des éléments d'architecture et de paysage ordonnent l'espace et le divisent. Il semble cependant que Memling ait eu connaissance de la perspective atmosphérique et de quelques principes de la perspective linéaire. Il n'applique pas radicalement la vision analytique de J. van Eyck mais il partage la tendance humaniste à prêter attention au monde environnant, au rendu des matières et des couleurs, à la réflexion de la lumière et au rayonnement de la couleur. Il attache beaucoup d'intérêt à l'observation des plantes et des animaux. Dans ses portraits, il peint d'abord les figures, idéalisées, certes, mais sans que s'altère leur individualité, pour ensuite organiser l'espace alentour. Parfois, il utilise des arrière-plans neutres, traditionnels, par exemple dans le "Portrait de Gilles Joye" (1472, Williamstown, St. and Fr. Clark Art Inst.), dans le "Portrait de femme" (1480, Bruges, St-Janshospitaal) et dans les "Portraits des Portinari" (New York, Met.). Les attitudes diverses de ses personnages sont cependant caractéristiques tout comme ses arrière-plans toujours renouvelés : tantôt un intérieur en pleine lumière, tantôt des paysages hauts en couleur : ainsi, le "Diptyque de Maarten van Nieuwenhove" (1487, Bruges, St-Janshospitaal), les portraits de "Willem Moreel" et de "Barbara van Vlaenderberghe" (vers 1480, Bruxelles, M.R.B.A.B.), le "Portrait de jeune homme" (vers 1480, Venise, Gall. dell'Accademia). D'un bout à l'autre de son œuvre, le style n'évolue guère. Memling reproduit souvent ses propres figures et ses compositions. Ainsi celles du "Triptyque de Jan Floreins" (1479, Bruges, St-Janshospitaal) se retrouvent-elles dans "L'adoration des mages" (Madrid, Prado). La typologie de la figure mariale est également caractéristique - visible dans l'"Annonciation" (1482, New York, Met.) et ses nombreuses représentations de la Vierge. Une chronologie a cependant pu être établie sur la base des deux œuvres signées de l'hôpital Saint-Jean, le "Retable de saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Evangéliste" et le "Triptyque Floreins", ainsi que de nombreuses œuvres datées. A la fin de sa vie, il reprendra des éléments décoratifs au répertoire lombard : "La Vierge aux anges musiciens" (Florence, Uffizi), le "Triptyque de Vienne" (Vienne, Kunsthist. Mus.). Son œuvre peut être considérée comme une synthèse de celle de ses prédécesseurs, cités plus haut. Mais il ne s'agit pas de démarquage servile : le dessin sous-jacent atteste une recherche soucieuse de restituer parfaitement l'illusion d'une réalité idéalisée et sereine. Son style minutieux, son désir d'harmonie évoquent une forme précoce de classicisme, signe avant-coureur d'académisme. Memling est l'une des figures importantes de la fin du siècle des Primitifs flamands qui se sont efforcés de restituer dans leurs tableaux la réalité du monde. Il travaillait à Bruges à la fin de l'époque bourguignonne, comme G. David, comme le Maître de la Légende de sainte Ursule et le Maître de saint Augustin. Un contemporain qualifia Memling de "plus grand peintre de la chrétienté". En 1604, c'est incidemment qu'il est cité par C. van Mander. En 1769, dans son guide de voyage, Descamps parle des tableaux de Memling conservés à l'hôpital Saint-Jean. C'est au début du XIXe siècle qu'a lieu la grande "redécouverte" grâce à l'enthousiasme des philosophes et des amateurs d'art allemands qui exaltent leur nostalgie du Moyen Age dans un milieu de poésie romantique. Assimilé à l'idéal chrétien, Memling est baptisé le "Fra Angelico du Nord". F.W. Schlegel voit ses œuvres au Louvre. Les frères Boisserée découvrent l'hôpital Saint-Jean; ils assimilent son nom au sentiment de nostalgie et de mystère que Bruges engendre. Cette redécouverte est à la base des études sur les Maîtres rhénans et sur les Primitifs flamands. Tout au long du XIXe siècle et jusqu'à l'exposition de 1939, Memling fut l'un des maîtres anciens les plus populaires, apprécié par un large public. C'est M.J. Friedländer, en 1928, qui émit à son égard la première appréciation négative. A partir de ce moment où l'histoire de l'art se veut le procès des innovations, Memling tombe en disgrâce auprès des historiens de l'art élitaires. E. Panofsky lui aussi, de façon subjective, sentimentale et littéraire l'a tenu pour un artiste de seconde zone. C'est à L. von Baldass, K.B. Mc Farlane, G.T. Faggin qu'il reviendra d'émettre à nouveau un jugement plus équitable.

Rédacteur
Lobelle - Calluwé, Hilde
Informations complémentaires
Collections, bibliographie, sites web, ...
Autres banques de données
Banque de données d'images de l'IRPA

Belgian Art Links and Tools, le 8/02/2010
Remarques : balat@kikirpa.be