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Biographie d'artiste

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DELVAUX, Paul

Antheit, 1897 - Furnes, 1994
Fils d'un père avocat au barreau de Bruxelles et d'une mère musicienne. Il est le peintre d'un monde où la mémoire et le rêve éveillé transfigurent le réel. Il possède le don d'enfance et l'émoi devant la beauté, d'où son culte du nu féminin. Reconnu par A. Breton et P. Eluard, il n'est pas un surréaliste de stricte observance et n'a jamais adhéré au mouvement, mais est plutôt un poète de la surréalité. Les années à l'école et à l'athénée de Saint-Gilles (Bruxelles) lui apportent un trésor de souvenirs : squelette, mythologie grecque et romaine, livres de J. Verne. Les promenades dans Bruxelles, les vacances chez ses tantes au bord de la Meuse, les gares et les trains, lui en offrent d'autres. P. Delvaux est un adolescent rêveur qui aime la musique, Wagner surtout. F. Courtens convainc ses parents de le laisser devenir peintre. Il suit à l'académie de Bruxelles, entre 1916 et 1919, les cours d'architecture de P.J. Van Neck et ceux du peintre C. Montald. Il travaille ensuite sur le motif au Rouge-Cloître, aux côtés d'A. Bastien. Au réalisme impressionniste de ses débuts succède une période influencée par G. Van de Woestyne et par l'expressionnisme de G. de Smet et de C. Permeke; tels sont "Femmes dans la forêt" (1928, coll. priv.), "Le couple" (1929, Bruxelles, M.R.B.A.B.), "Réveil" (1930, Bruges, Groeningemus.). Delvaux découvre à la foire du Midi dans les années 1932-1934 la baraque foraine Le Musée Spitzner, collection de pièces anatomiques et curiosités qui lui révèle, comme au théâtre, l'insolite fantastique de la vie, avec un parfum d'érotisme défendu. Ce sera le point de départ de nombreuses Vénus endormies telle "La Vénus endormie" (1932, détruit), qui figure à l'exposition de l'artiste, atelier de la Grosse Tour à Bruxelles en 1933, et de tableaux habités de squelettes tel "Le Musée Spitzner" (1943, Bruxelles, M.R.B.A.B.) où posent en donateurs, cinq de ses amis. Il trouve pour un temps, au travers des cités métaphysiques de Chirico et des tableaux de Magritte, une autre manière de s'exprimer. Il peint en 1935 "Intérieur à la boule d'argent" (coll. priv.) et le "Palais en ruine" (coll. priv.). En 1936, année où ses œuvres figurent dans une exposition jumelée avec celles de Magritte au palais des beaux-arts à Bruxelles, viennent "Le viol" (détruit), "Le cortège en dentelles" (Hanovre, Niedersächsisches Landesmus.), "Le miroir" (anc. coll. Penrose), "La femme à la rose" (coll. priv.) née d'un parquet, "Femme dans une grotte" (Lugano, coll. Thyssen-Bornemisza). L'année 1937 voit une floraison d'œuvres inspirées, monumentales, "Les nœuds roses" (Anvers, K.M.S.K.), "Les nymphes des eaux" (coll. priv.) et "La naissance du jour" (Venise, coll. P. Guggenheim) qui a inspiré M. Duchamp."Propositions diurnes" de 1938 (Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux) figure à l'exposition internationale du surréalisme à Paris, la même année. La veine surréaliste se poursuit dans "L'appel de la nuit" (1938, anc. coll. Penrose), "La ville endormie" (1938, coll. priv.), avec tête voilée à la Magritte. Un équilibre plus classique s'affirme en 1939, dans le "Pygmalion" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), version inversée du mythe. Les personnages de Jules Verne entrent alors en scène avec le "Nocturne" (1939, coll. priv.), "Les phases de la lune I" (New York, M.O.M.A.) et "L'éveil de la forêt" (coll. priv.), d'après les illustrations des livres édités par Hetzel. Les savants, dans leur bureau, observatoire et musée, s'absorbent en un monde minéral et sidéral, ignorant à leurs côtés la douceur et l'éclat de la chair féminine. Ce thème se retrouve tout au long de la carrière du peintre. En témoignent "Phases de la lune II" (1941, coll. priv.), "Le congrès" (1941, Bruxelles, Crédit comm.) et "Phases de la lune III" (1942, Rotterdam, Mus. Boymans-Van Beuningen), aux figures allongées, presque à la Füssli, à l'angoisse métaphysique.Autre personnage, le squelette s'assied sur le divan dans "Les courtisanes rouges" (1943, Rotterdam, Mus. Boymans-Van Beuningen), hante "La ville lunaire" (1944, coll. priv.), "La Vénus endormie" (1944, Londres, Tate Gall.). Il est l'acteur, par excellence dans "Les grands squelettes" (1944, coll. priv.) et "Le squelette à la coquille" (1944, coll. priv.), dans les drames sacrés que sont les "Crucifixions" (1951-1952, Bruxelles, M.R.B.A.B. et 1957, Anvers, K.M.S.K.), avec ici une exception pour le Christ, et les "Mises au tombeau", telles les "Lamentations autour du Christ mort" (1953, Liège, M.A.W.). Le squelette précis et expressif procède autant du penchant de Delvaux pour l'architecture, les charpentes, les poteaux télégraphiques que de son admiration pour J. Ensor. Suite aux grandes toiles des années quarante, "L'homme de la rue" (Liège, M.A.W.), "La veillée" (coll. priv.), "L'entrée de la ville" (coll. priv.), le climat psychologique de l'époque lui dicte "La ville inquiète" (1941, coll. priv.) où un souffle de panique fige les gens au sortir d'une ville antique. Le "Village des sirènes" (1942, coll. priv.) montre, près de la mer, non des courtisanes assises, mais des vestales. Les années 1945-1946 offrent une parenthèse dans son œuvre avec des toiles composées de plans et de lignes angulaires, telles "La tentation de saint Antoine" (1945, coll. priv.) et "La ville noire" (1946, coll. priv.). Le talent du peintre s'affirme avec force en 1947 dans des œuvres somptueuses comme "Les promeneuses" (coll. priv.), et "Les grandes sirènes" (coll. priv.) à moitié nues, fleurs, bijoux et plumes dans les cheveux, ainsi que dans "Train de nuit" (coll. priv.) et "Nu au mannequin" (coll. priv.). Ces œuvres abouties témoignent de sa maturité lors de sa première grande exposition personnelle à Paris, galerie Drouin en 1948, dont le catalogue s'ouvre sur le poème de Paul Eluard "Nuit sans sourires". Soulignons le pouvoir magique de la présence féminine, la provocation, tout en retrait, de ses seins et de son sexe. Elle est immobile, le geste ébauché. Jeune, maternelle, elle est Eve, Vénus ou petite fille. La tendresse et le respect que lui porte le peintre la parent d'une grâce quelque peu maniériste. Autour d'elle, les miroirs jouent de leurs reflets, les portes s'ouvrent, l'architecture fuit à travers les arbres vers la mer. La femme règne seule, en groupe ou en cortège et les lesbiennes elles-mêmes semblent se mêler avec innocence. Citons "La belle du couchant" (1945, coll. priv.), "L'éloge de la mélancolie" (1948, coll. priv.), "La voix publique" (1948, Bruxelles, M.R.B.A.B.), "Chrysis" (1967, Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux), "Aphrodite" (1969, coll. priv.). Les gares et les trains de son enfance, objet d'un premier tableau réaliste en 1922, sont discrètement présents dans plusieurs toiles et deviennent le sujet principal de "Solitude" (1955, Mons, M.B.A.), "Nuit de Noël" (1956, coll. priv.), "Train du soir" (1957, Bruxelles, M.R.B.A.B.), "La gare forestière" (1960, Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux). On les retrouvera dans de nombreuses œuvres par la suite. Un sentiment naïf de la nature s'y ajoute à l'émerveillement des départs. L'Antiquité construit le cadre et inspire souvent le thème des toiles où l'artiste allie sans difficulté les temples aux faubourgs 1900. Elle est le lieu de toutes les réminiscences, et de toutes les histoires possibles. Tous les passages y sont aisés et les images naissent les unes des autres. Citons "Le cortège de dentelles" (1936, Hanovre, Niedersächsisches Landesmus.), "Le temple" (1942, coll. priv.), "Le temple" "au canapé vert" (1944, Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux), "Le feu" (1945, coll. priv.), "Olympie" (1950, coll. priv.) et, comme une somme, "Pompéi" (1970, Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux). L'artiste circule dans tous ses tableaux sous ses propres traits, ou sous des traits d'emprunt, enfant dans "La visite" (1939, coll. priv.), éphèbe en de nombreuses compositions, dans "Propositions diurnes" (1937, coll. priv.), "Le récitant" (1938, Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux), en statue dans "Pygmalion" (1939, Bruxelles, M.R.B.A.B.), avec le pinceau dans "Les mains" (1941, coll. priv.). Il est à côté des savants ou s'identifie à eux. Il s'efface ensuite devant les formes simplifiées, la nature, le ciel et la mer, devant une femme transfigurée par la lumière. A la palette soutenue des débuts succède la caresse de tons plus doux, bleu, ivoire, gris avec des accents de corail, d'incarnat, de noir et d'or. Notons un rouge chaud particulier à l'artiste et auquel il restera toujours fidèle. L'espace panoramique de ses dernières œuvres, baigné par la lumière et les dégradés de l'ombre, conduit l'artiste au recueillement et à un détachement hors du temps. Citons "Sérénité" (1970, Bruges, Groeningemus.), "L'Impératrice" (1974, coll. priv.), "Nuit sur la mer" (1976, Saint-Idesbald, Mus. P. Delvaux). A l'opposé du monde de la rupture de Magritte, le monde de Delvaux est celui de la réconciliation et de l'harmonie musicale des choses.Tout au long des années, Paul Delvaux expose seul ou lors de grandes manifestations à Bruxelles, Genève, Knokke-le-Zoute, Kyoto, Lille, Londres, Martigny, Milan, Munich, New York, Ostende, Paris, Rotterdam, Tokyo... Il participe à la biennale de Venise, Le Fantastique dans l'Art en 1954 et aux expositions Peintres de l'Imaginaire, Paris, 1972, et Painters of the Mind's Eye, New York, Houston, 1974. Professeur de peinture monumentale à La Cambre (E.N.S.A.V.) à Bruxelles de 1950 à 1962, Delvaux réalise des ensembles de décorations murales au casino d'Ostende (1952), à la maison Périer à Bruxelles (1954-1956), au palais des congrès à Bruxelles (1959), à l'institut de zoologie de l'université de Liège (1960), à Chaudfontaine (1974), à la station de métro Bourse à Bruxelles (1978). Le dessin et l'aquarelle, très proches des pulsions créatrices, constituent son domaine enchanté. Croquis au crayon ou à la plume et à l'encre de Chine, grands dessins aquarellés sont la genèse de l'œuvre peint ou des œuvres indépendantes à part entière. L'inconscient s'y libère, le rêve naît et le choix des formes, les reprises y indiquent un travail d'une attention soutenue. A partir de 1965, Delvaux exécute, à la demande de Mira Jacob, des lithographies pour Le Bateau-Lavoir à Paris. Une œuvre graphique s'élabore à mi-chemin entre le dessin et l'illustration.En 1937, il épouse Suzanne Purnal, puis en 1952 Anne-Marie De Martelaere (dite Tam), un amour de jeunesse, décédée en 1989. Il vit à Bruxelles, un temps à Choisel chez Claude Spaak, puis chez Gustave Carels à Bruxelles, et au Noordduinhof à Saint-Idesbald. Il construit de 1954 à 1956, sa maison-atelier de Boitsfort; habite à Furnes depuis 1969, d'abord au Béguinage, puis près de la Grand-Place. Un Musée Paul Delvaux, fondation privée due à l'initiative de C. Van Deun, s'ouvre en 1982 dans les locaux du Vlierhof à Saint-Idesbald. L'artiste perd graduellement la vue et surveille la confection de poupées nées de ses tableaux. Son œuvre a inspiré de nombreux écrivains et poètes belges et étrangers parmi lesquels on retiendra Breton et Eluard, Butor, Michaux, Dotremont, Robbe-Grillet. Parmi les distinctions honorifiques, citons : en 1938 le prix Picard; en 1965, le prix de consécration de carrière et sa nomination de président et directeur à l'académie des beaux-arts de Belgique; en 1972, le prix Rembrandt; en 1977, son élection à l'Institut de France; en 1979, sa réception comme docteur honoris causa de l'université de Bruxelles; et en 1988 son accession au grade de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres de France.

Rédacteur
Houbart - Wilkin, Suzanne
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Belgian Art Links and Tools, le 8/02/2010
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